Archives pour la catégorie Vues d’ailleurs

Un prosélytisme sous contrainte : le cas de la cause végane

Par Anne-Flore Buisson-Bloche, Caroline Com, Giulia Bellomonte | lundi 14 novembre 2016

Le mois de novembre n’est pas uniquement le « Mois sans tabac » lancé par le Ministère de la santé : c’est aussi le « Mois Mondial Végane ». Moins médiatisé que le premier, cet événement débute le 1er novembre avec la Journée internationale du végétalisme, une date qui fait référence à la création de la Vegan society par Donald Watson et Elsie Shrigley, le 1er novembre 1944 en Angleterre[1]. Ces deux militants décrivaient le véganisme comme une « philosophie et [un] mode de vie qui tend à exclure, autant qu’il est possible, toutes formes d’exploitation et de cruauté faites aux animaux afin de se nourrir, se vêtir ou dans n’importe quel autre but ». Les véganes ont donc une alimentation similaire à celle des végétaliens, à savoir qu’ils ne consomment aucun aliment issu des animaux, mais leur philosophie va plus loin puisqu’ils refusent y compris les vêtements fabriqués à partir d’animaux, les événements ou dispositifs qui exploitent les animaux, comme la corrida et le zoo, ou encore les cosmétiques testés sur les animaux. yeswecanvegan Lire la suite

La fin du bipartisme à la sauce espagnole ?

Par Mathilde Armien et Thérèse Massamba (M1) | vendredi 24 juin 2016
Mariano Rajoy (PP), Pedro Sánchez (PSOE), Albert Rivera (Ciudadanos) et Pablo Iglesias (Unidos Podemos) lors du débat du 13 juin 2016.

Mariano Rajoy (PP), Pedro Sánchez (PSOE), Albert Rivera (Ciudadanos) et Pablo Iglesias (Unidos Podemos) lors du débat du 13 juin 2016.

« España tumba el bipartidismo y deja en el aire el gobierno », « Rajoy gana las elecciones con un Parlamento ingobernable », « Lío general »[1]. Au lendemain des élections générales du 20 décembre 2015, les journaux espagnols s’inquiètent de la fin du bipartisme et de la situation politique inédite de l’Espagne. Aucun des quatre grands partis espagnols – le Partido Popular (PP), le Partido Socialista Obrero Español (PSOE), Podemos et Ciudadanos – n’est parvenu à imposer une majorité. Cette élection pas comme les autres met fin au bipartisme traditionnel (PP/PSOE) et acte la montée de deux jeunes partis. Pour bien comprendre le caractère exceptionnel de cette conjoncture politique, il faut entrer dans les rouages de la monarchie parlementaire espagnole. Tous les quatre ans, les Espagnols sont invités à voter pour élire les membres des Cortes Generales. En Espagne, les Cortes Generales désignent un parlement bicaméral composé d’un Congrès de 350 députés (un député pour 100 000 habitants) et d’un Sénat d’environ 260 élus. En raison des disparités démographiques sur le territoire espagnol, la population élit les députés au scrutin proportionnel de liste par province du pays (Ceuta et Melilla ont un statut particulier de villes autonomes) et les sénateurs au scrutin majoritaire plurinominal par province. A la suite des élections du 20 décembre dernier, aucun parti n’a réussi à atteindre les 175 sièges nécessaires au Parlement pour former un gouvernement. Le PP a obtenu 122 sièges, le PSOE 91, Podemos 69 et Ciudadanos 40. Pendant des mois, les quatre partis ont essayé de trouver un accord, de négocier entre eux pour pouvoir former un gouvernement. En vain. Face à l’impossibilité de trouver une entente, le roi d’Espagne Felipe VI a dissolu le Parlement le 3 mai 2016 et a convoqué de nouvelles élections le 26 juin. Comment analyser la campagne électorale des quatre grands partis espagnols ? Lire la suite

LES SCIENCES DU LANGAGE DANS L’ÉTUDE DES MOUVEMENTS CONTESTATAIRES

Par Les enseignants | vendredi 29 janvier 2016

ADAAROmniprésents, les mouvements de protestation occupent la scène publique dans le monde entier : « printemps arabe », manifestations à Hong Kong, tentes dressées dans les rues d’Israël, mouvement « Occupy Wall Street » aux États-Unis, mouvement « Femen » en Ukraine, manifestations pour et contre le mariage pour tous en France… Le numéro 14 de la revue Argumentation et Analyse du Discours (désormais AAD) propose pour la première fois de s’intéresser à l’action collective à travers les sciences de langage, et plus particulièrement l’analyse du discours. L’introduction d’Eithan Orkibi, « Les discours de l’action collective : contextes, dynamiques et traditions de recherche » expose la problématique qui constituera la trame d’analyse des articles de la revue. Il s’agit en effet, d’examiner la contribution que peuvent apporter les sciences de langage à l’étude des mouvements de protestation et de relancer une interrogation sur la parole protestataire qui soit propre à l’analyse du discours.

Compte-rendu de lecture : Les(s) discours de l’action collective, numéro 14 de la revue Argumentation et Analyse du Discours, 2015.

Par Brice Deseager, Valentin Bernard & Gwladys Aurivel (M2)
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Une résistance oubliée : les médias, les mobilisations anti-guerre et le conflit en Irak

Par Mathilde Armien, Kheira Babin, Auriane Calambe, Irma Da, Mélanie Dosreis et Lucie Roche | lundi 16 novembre 2015

 

©26 Octobre 2009, Londres : Manifestation massive pour le retour des troupes britanniques

©26 Octobre 2009, Londres : Manifestation massive pour le retour des troupes britanniques

En référence à la montée actuelle de « l’Etat islamique », Tony Blair a récemment reconnu, à demi-mot, la responsabilité de la Grande-Bretagne dans la guerre en Irak lancée en 2003. Il s’est excusé « pour les erreurs commises dans la planification de la guerre en Irak et pour le manque d’anticipation de ce qui pouvait arriver si on éliminait le régime de Saddam Hussein »[1]. Ces déclarations surviennent au moment où la commission Chilcot, mise en place en 2009 par le premier ministre de l’époque Gordon Brown, doit rendre un rapport exposant en détail la stratégie de manipulation de l’opinion publique orchestrée par la CIA et le gouvernement britannique pour légitimer l’entrée en guerre et justifier le maintien des troupes sur place. Ce discours d’auto-critique, considéré comme une véritable « opération de communication »[2] par le quotidien Le Monde, intervient dans un contexte d’enlisement des conflits au Proche-Orient, de poussée sans précédent de Daesh, que sont venus rappeler les attentats sanglants survenus à Paris, vendredi 13 novembre 2015, et l’absence de consensus quant aux solutions à apporter à ces crises endémiques dans la communauté internationale. S’agit-il de profiter d’une conjoncture où l’impuissance publique peut s’afficher ouvertement, pour effacer à peu de frais les mensonges officiels déversés pendant tant d’années à l’opinion par les autorités ? A l’occasion des nombreuses manifestations menées depuis 2003 contre cette guerre, les organisations militantes n’ont eu de cesse de dénoncer les manipulations des gouvernements impliqués dans le conflit irakien. Un jeu de propagande et de contre-propagande qui a fait de cette guerre, aujourd’hui largement éclipsée par d’autres (à commencer par la crise syrienne), un exemple emblématique dans l’analyse du rôle des médias dans les conflits armés[3]. La période 2003-2015 a en effet vu une sophistication croissante des stratégies de communication non seulement des gouvernements et des forces armées, mais également des organisations anti-guerre. Le « répertoire médiatique » de ces dernières a principalement consisté, d’une part, à tenter de pénétrer les médias dominants en vue d’y imposer des messages favorables à leur cause et, d’autre part, à créer des outils de communication propres, notamment grâce aux outils aujourd’hui disponibles sur le Web. Retour sur douze ans d’une guerre médiatique qui fut partie intégrante du conflit sur le terrain.

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www.facho.eu : quand l’extrême droite européenne tisse sa toile

Par Léo Cogos, Manon Majesté, Youssara Id Chrife, Camille Dely et Alizé Etchegory | lundi 9 novembre 2015

L’actuelle crise des réfugiés que connaît l’Europe a donné aux sites d’extrême droite l’occasion de faire fructifier leur expertise en matière de désinformation et de propagande. Images d’enfants morts présentés comme ayant été « noyés » par leurs propres parents[1], présentation d’un soldat syrien arrivé en Allemagne comme un guerrier de Daesh[2] : les exemples sont multiples et les techniques – déformation des faits, sources opaques, rhétorique du complot – bien connues. Si les mouvements et partis politiques d’extrême droite bénéficient de réseaux de soutiens militants sur le terrain, l’un des aspects les plus remarquables de leur présence publique réside dans les stratégies qu’ils déploient sur Internet. C’est notamment le cas sur les réseaux sociaux, devenus des outils précieux de création et de diffusion de leurs discours. Cette « fachosphère » se présente comme une constellation de divers sites animés par des groupes ou des individus d’extrême droite, pas nécessairement rattachés à des partis politiques. Le web, souvent présenté comme un facteur de démocratisation de l’espace public, constitue aussi un « formidable moteur » pour la diffusion des idées des néofascismes européens[3].

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La com’politique est dans la rue

Par Fatimata Ba, Emeric Fiari, Fabien Maitre, Thérèse Massamba et Mathieu Ouagazzal | lundi 26 octobre 2015
banksy

Crédits photo : Banksy

Les employés du service de nettoyage de la mairie du Havre ont dû regretter leur excès de zèle : après qu’ils aient nettoyé « par erreur », sur le mur d’un collège, une œuvre de street art réalisée par un artiste de renommée mondiale[1], l’indignation de l’intéressé et de ses admirateurs fut telle que la municipalité a dû s’excuser auprès de l’artiste et lui proposer de réaliser une nouvelle peinture. À travers cet acte public de contrition, la mairie reconnaît au « street art » une légitimité artistique qui est loin d’avoir toujours fait l’unanimité. L’anglicisme street art (art de rue) désigne, en effet, un mouvement artistique né aux États-Unis, dans les années 1970, avec l’arrivée du graffiti dans le métro new-yorkais, grâce à des artistes issus des quartiers pauvres de la ville tels que « Taki 183 »[2], « Tracy 168 »[3] ou « Stay High 149 »[4]. Initialement, cet art populaire tire une bonne partie de la fascination ou du rejet qu’il suscite de son caractère illégal et subversif. Cette pratique englobe à la fois les graffitis traditionnels – inscriptions faites à la peinture aérosol à main levée  les graffitis au pochoir, les sculptures, les stickers (autocollants), les posters (affiches), les mosaïques ou toute sorte d’« installations ». Forme de communication « sauvage », elle fait l’objet de diverses tentatives de domestication qui, on va le voir, interrogent les conditions de possibilité d’une expression « libre » dans l’espace public.

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