Archives pour la catégorie Vues d’ailleurs

LES SCIENCES DU LANGAGE DANS L’ÉTUDE DES MOUVEMENTS CONTESTATAIRES

Par Les enseignants | vendredi 29 janvier 2016

ADAAROmniprésents, les mouvements de protestation occupent la scène publique dans le monde entier : « printemps arabe », manifestations à Hong Kong, tentes dressées dans les rues d’Israël, mouvement « Occupy Wall Street » aux États-Unis, mouvement « Femen » en Ukraine, manifestations pour et contre le mariage pour tous en France… Le numéro 14 de la revue Argumentation et Analyse du Discours (désormais AAD) propose pour la première fois de s’intéresser à l’action collective à travers les sciences de langage, et plus particulièrement l’analyse du discours. L’introduction d’Eithan Orkibi, « Les discours de l’action collective : contextes, dynamiques et traditions de recherche » expose la problématique qui constituera la trame d’analyse des articles de la revue. Il s’agit en effet, d’examiner la contribution que peuvent apporter les sciences de langage à l’étude des mouvements de protestation et de relancer une interrogation sur la parole protestataire qui soit propre à l’analyse du discours.

Compte-rendu de lecture : Les(s) discours de l’action collective, numéro 14 de la revue Argumentation et Analyse du Discours, 2015.

Par Brice Deseager, Valentin Bernard & Gwladys Aurivel (M2)
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Une résistance oubliée : les médias, les mobilisations anti-guerre et le conflit en Irak

Par Mathilde Armien, Kheira Babin, Auriane Calambe, Irma Da, Mélanie Dosreis et Lucie Roche | lundi 16 novembre 2015

 

©26 Octobre 2009, Londres : Manifestation massive pour le retour des troupes britanniques

©26 Octobre 2009, Londres : Manifestation massive pour le retour des troupes britanniques

En référence à la montée actuelle de « l’Etat islamique », Tony Blair a récemment reconnu, à demi-mot, la responsabilité de la Grande-Bretagne dans la guerre en Irak lancée en 2003. Il s’est excusé « pour les erreurs commises dans la planification de la guerre en Irak et pour le manque d’anticipation de ce qui pouvait arriver si on éliminait le régime de Saddam Hussein »[1]. Ces déclarations surviennent au moment où la commission Chilcot, mise en place en 2009 par le premier ministre de l’époque Gordon Brown, doit rendre un rapport exposant en détail la stratégie de manipulation de l’opinion publique orchestrée par la CIA et le gouvernement britannique pour légitimer l’entrée en guerre et justifier le maintien des troupes sur place. Ce discours d’auto-critique, considéré comme une véritable « opération de communication »[2] par le quotidien Le Monde, intervient dans un contexte d’enlisement des conflits au Proche-Orient, de poussée sans précédent de Daesh, que sont venus rappeler les attentats sanglants survenus à Paris, vendredi 13 novembre 2015, et l’absence de consensus quant aux solutions à apporter à ces crises endémiques dans la communauté internationale. S’agit-il de profiter d’une conjoncture où l’impuissance publique peut s’afficher ouvertement, pour effacer à peu de frais les mensonges officiels déversés pendant tant d’années à l’opinion par les autorités ? A l’occasion des nombreuses manifestations menées depuis 2003 contre cette guerre, les organisations militantes n’ont eu de cesse de dénoncer les manipulations des gouvernements impliqués dans le conflit irakien. Un jeu de propagande et de contre-propagande qui a fait de cette guerre, aujourd’hui largement éclipsée par d’autres (à commencer par la crise syrienne), un exemple emblématique dans l’analyse du rôle des médias dans les conflits armés[3]. La période 2003-2015 a en effet vu une sophistication croissante des stratégies de communication non seulement des gouvernements et des forces armées, mais également des organisations anti-guerre. Le « répertoire médiatique » de ces dernières a principalement consisté, d’une part, à tenter de pénétrer les médias dominants en vue d’y imposer des messages favorables à leur cause et, d’autre part, à créer des outils de communication propres, notamment grâce aux outils aujourd’hui disponibles sur le Web. Retour sur douze ans d’une guerre médiatique qui fut partie intégrante du conflit sur le terrain.

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www.facho.eu : quand l’extrême droite européenne tisse sa toile

Par Léo Cogos, Manon Majesté, Youssara Id Chrife, Camille Dely et Alizé Etchegory | lundi 9 novembre 2015

L’actuelle crise des réfugiés que connaît l’Europe a donné aux sites d’extrême droite l’occasion de faire fructifier leur expertise en matière de désinformation et de propagande. Images d’enfants morts présentés comme ayant été « noyés » par leurs propres parents[1], présentation d’un soldat syrien arrivé en Allemagne comme un guerrier de Daesh[2] : les exemples sont multiples et les techniques – déformation des faits, sources opaques, rhétorique du complot – bien connues. Si les mouvements et partis politiques d’extrême droite bénéficient de réseaux de soutiens militants sur le terrain, l’un des aspects les plus remarquables de leur présence publique réside dans les stratégies qu’ils déploient sur Internet. C’est notamment le cas sur les réseaux sociaux, devenus des outils précieux de création et de diffusion de leurs discours. Cette « fachosphère » se présente comme une constellation de divers sites animés par des groupes ou des individus d’extrême droite, pas nécessairement rattachés à des partis politiques. Le web, souvent présenté comme un facteur de démocratisation de l’espace public, constitue aussi un « formidable moteur » pour la diffusion des idées des néofascismes européens[3].

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La com’politique est dans la rue

Par Fatimata Ba, Emeric Fiari, Fabien Maitre, Thérèse Massamba et Mathieu Ouagazzal | lundi 26 octobre 2015
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Crédits photo : Banksy

Les employés du service de nettoyage de la mairie du Havre ont dû regretter leur excès de zèle : après qu’ils aient nettoyé « par erreur », sur le mur d’un collège, une œuvre de street art réalisée par un artiste de renommée mondiale[1], l’indignation de l’intéressé et de ses admirateurs fut telle que la municipalité a dû s’excuser auprès de l’artiste et lui proposer de réaliser une nouvelle peinture. À travers cet acte public de contrition, la mairie reconnaît au « street art » une légitimité artistique qui est loin d’avoir toujours fait l’unanimité. L’anglicisme street art (art de rue) désigne, en effet, un mouvement artistique né aux États-Unis, dans les années 1970, avec l’arrivée du graffiti dans le métro new-yorkais, grâce à des artistes issus des quartiers pauvres de la ville tels que « Taki 183 »[2], « Tracy 168 »[3] ou « Stay High 149 »[4]. Initialement, cet art populaire tire une bonne partie de la fascination ou du rejet qu’il suscite de son caractère illégal et subversif. Cette pratique englobe à la fois les graffitis traditionnels – inscriptions faites à la peinture aérosol à main levée  les graffitis au pochoir, les sculptures, les stickers (autocollants), les posters (affiches), les mosaïques ou toute sorte d’« installations ». Forme de communication « sauvage », elle fait l’objet de diverses tentatives de domestication qui, on va le voir, interrogent les conditions de possibilité d’une expression « libre » dans l’espace public.

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Daesh : Les stratégies du terrorisme « 2.0 »

Par Ian Vidal, Agathe Bonamour, Alexandre Gavard, Mégane Tafforeau et Eric Quillier | mardi 20 octobre 2015

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James Foley est le premier otage américain a être décapité par un combattant ISIS

Un fond désertique, un otage en combinaison orange  à la manière des prisonniers de Guantanamo, un combattant armé, masqué, vêtu d’un treillis : cette photo extraite d’une vidéo datée d’août 2014 montre l’exécution de James Foley, reporteur américain enlevé en 2011. Première d’une longue et macabre série, la vidéo a été méticuleusement préparée et mise en scène. Elle concentre les principaux ingrédients visuels – plans, apparence et gestes des protagonistes – qui font désormais « l’image de marque » de Daesh. L’organisation armée, créée en 2006 comme une branche d’Al-Qaïda, combat en Irak et en Syrie les forces opposées à l’islamisme radical et se vante d’avoir mis en place un véritable Etat islamique depuis 2014, s’autoproclamant « Califat ». Dans cette région du Moyen-Orient, la bataille pour le leadership politique est rude. Sur le front ouest, le président syrien Bachar El Assad dispose de l’appareil d’Etat et bénéficie de l’appui politique et militaire de la Russie. Sur le front nord-est, à la limite avec l’Irak, Daesh se bat contre les Kurdes. Pour s’imposer parmi les forces en présence, les dirigeants de Daesh ont établi une stratégie de communication mobilisant tous les moyens de communication modernes, à commencer par Internet. Son objectif est double : semer la terreur chez les opposants et recruter de nouveaux adhérents prêts à prendre les armes. Le combat de Daesh dépasse la seule confrontation armée et prend la tournure d’une véritable « course aux armements symboliques »[1]. Dans ce bras de fer engagé entre Daesh et ses opposants occidentaux et moyen-orientaux, les médias sont d’une importance stratégique capitale. Comment cette organisation terroriste réussit-elle, par ses stratégies de communication, à s’imposer politiquement et médiatiquement et à recruter de nouveaux adeptes ? Analyse.

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Maux et mots des homos

Par Laure Botella, Thomas Jaquemet, Augustin Michäely et Baptiste Zamaron | lundi 12 octobre 2015

KHF_NatnlComingOutDayLe 3 octobre 2015, le nom de Krysztof Olaf Charamsa résonne dans les murs du Vatican. A la veille d’un synode sur la famille organisé par l’Église catholique, ce cardinal polonais, membre de la congrégation chargée de veiller à la cohérence de la doctrine,  révèle son homosexualité dans une interview accordée au quotidien italien Corriere della Sera et à l’édition polonaise de Newsweek[1]. Ce coming out médiatique replace la question de l’homosexualité au cœur des débats de l’Église, dans lesquels s’affrontent les partisans de l’immobilisme et des courants plus tolérants. Émissions de télévision et de radio, photos en « Une » de quotidiens italiens, sortie en public de Krysztof Olaf Charamsa et son compagnon dans un restaurant où une conférence de presse improvisée s’est tenue : la Curie, restée jusque-là dans le silence, est mise au pied du mur[2]. Destitué de ses fonctions, comme l’a annoncé dans un communiqué le porte-parole du Vatican, ce cardinal de 43 ans n’est pas soucieux de son avenir. Blog, livre(s) en préparation : à en juger par la ferveur et l’émotion mondiale suscitées par son action, les sollicitations ne vont pas manquer. Ce n’est pas tous les jours qu’un homme d’Eglise dédie son coming out à l’homme qu’il aime, dans une sphère religieuse qui qualifie encore les actes homosexuels « d’intrinsèquement désordonnés »[3]. Le mouvement homosexuel chrétien David & Jonathan a réagi en disant ne pas être étonné de cette annonce. « En proportion, affirme sa coprésidente Elisabeth Saint-Guily, il y a plus d’homosexuels chez les prêtres que dans la population générale »[4]. S’exposer ou rester dans l’ombre ? L’exemple des réactions suscitées par l’action de ce cardinal homosexuel pose, on va le voir, une question qui traverse depuis les années 1960 l’histoire des mouvements de défense des groupes lesbiens Gays Bi et Transgenres (LGBT). Entre construction identitaire et lutte contre la stigmatisation, faut-il privilégier un répertoire d’action discret ou, à l’instar des fameuses Gay pride, des formes de mobilisation publiques plus bruyantes ?

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