Du neighborhood watch aux « voisins vigilants » : entre rhétorique solidaire et logique sécuritaire

Par Anaïs Duval, Lauraly Gasteau, Guillaume Faucher, Jeanne Dufour, Alexandre Ghaffari, Adèle Epossi Mbonjo | vendredi 3 novembre 2017

Si l’entraide entre voisins n’est pas nouvelle, l’idée d’une surveillance de voisinage organisée l’est davantage. Elle apparait dans l’Amérique coloniale avec les Town  Watch. Suite au tourbillon social que subissent les Etats-Unis dans les années 1960 avec les luttes pour les droits civiques et les répressions policières qui les accompagnent, le Neighborhood Watch s’impose aux yeux de ses promoteurs comme une solution à la montée de « l’insécurité » dans les rues. D’autres pays vont importer le dispositif. C’est le cas notamment de la France, d’abord sous la forme d’une « initiative citoyenne » pour lutter contre les cambriolages, lancée en 2002, puis sous l’impulsion de la Start Up « Voisins Vigilants », en 2012. Cette entreprise privée propose, ou plutôt vend ses services aux citoyens et municipalités intéressées. Le relatif engouement suscité par la démarche dans le pays pousse  les autorités publiques à la réglementer en 2011. Ce dispositif qui se veut « apolitique » ne manque pas d’interroger. Comment expliquer son essaimage à l’échelle nationale ? Dans quelles conditions a-t-il reçu l’appui des pouvoirs publics ? Comment articule-t-il la défense affichée de l’intérêt général avec cette semi-délégation d’enjeux de sécurité à des acteurs privés ? S’agit-il de renforcer la citoyenneté, le lien social, la qualité de vie et la sécurité dans les quartiers, comme l’affirment ses promoteurs, ou bien de la vitrine d’une idéologie sécuritaire, faussement apolitique et fondamentalement conservatrice voire réactionnaire comme l’affirme ses opposants ?ville_voisins_vigilants Lire la suite

Quand les journalistes se mobilisent : retour sur la grève d’iTélé (octobre-novembre 2016)

Par David Cissé, Aymeric Cotard, Marion D’Hondt, Carla Dobré, Antoine Dubois, Kevin Ünver | mercredi 25 octobre 2017

Le 17 octobre 2016, une grève majeure débute sur la chaîne d’information en continu iTélé (groupe Canal +). Les journalistes se mobilisent pendant un mois. Ils bénéficient du soutien de leurs confrères et d’une partie de l’opinion autour du slogan #jesoutiensITELE. Le fait est exceptionnel, car le recours à la grève est rare dans la profession. Comment expliquer le recours à ce mode d’action par la rédaction ? Quelles contraintes et ressources peuvent être mobilisées lorsque les journalistes manifestent leur mécontentement en suspendant leur activité éditoriale? Après une analyse de l’impossible négociation entre les grévistes et la direction de la chaine, nous verrons que la question des conditions de travail et des codes déontologiques s’est posée de façon centrale. Entre défense du droit du travail et réflexion sur le rôle de la presse, la grève à iTélé apparaît comme le symptôme d’un malaise dans la gestion et l’organisation des groupes médiatiques.

Antoine Genton, porte-parole des grévistes, répond aux questions des médias

Antoine Genton, porte-parole des grévistes, répond aux questions des médias

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Professionnaliser la communication des ONG de solidarité internationale : une nécessité paradoxale

Par Manon Basset, Maeva Bellemare, Théo Berard, Gaëlle Bira | mercredi 18 octobre 2017
Source : https://ongpublicites.files.wordpress.com/2010/11/medecins-sans-frontieres_campagne-publicitaire-de-recolte-de-dons.jpg

Source : https://ongpublicites.files.wordpress.com/2010/11/medecins-sans-frontieres_campagne-publicitaire-de-recolte-de-dons.jpg

« Pour survivre, il faut (…) apprendre à apitoyer et aller chercher la fortune là où elle est ! ». C’est en ces termes d’un réalisme cru, justifié par l’urgence et l’ampleur des besoins, que Bernard Kouchner enjoint dans Charité Business (1986) les Organisations non-gouvernementales (ONG) humanitaires à mettre tout en œuvre pour parvenir à financer leurs missions. Trente ans plus tard, si l’on en juge par les moyens mis à disposition des services de communication des ONG de solidarité internationale, le message est entendu : du streetmarketing aux grandes campagnes diffusées dans les médias, leurs services de communication ont connu un processus de professionnalisation qui aurait sans nulle doute décontenancé les premiers « humanitaires ». Ce processus, relativement récent, ne va pas de soi. Selon Pascal Dauvin (2010), enseignant-chercheur en science politique à l’Université de Versailles Saint-Quentin, la communication des ONG est un outil essentiel pour informer, collecter des fonds, promouvoir l’organisation, mobiliser les différentes populations et garder une certaine autonomie  vis-à-vis des États. Or les objectifs de la communication des ONG ainsi définis découlent directement de ceux que l’on retrouve dans les entreprises privées. Avec la multiplication du nombre des ONG, les services de communication au sein de ces organisations se sont professionnalisés en ayant désormais recours à de véritables spécialistes de la communication usant de techniques et de pratiques issues du marketing afin d’atteindre leurs objectifs (Dauvin, 2010). Peut-on sans se contredire transformer des grandes causes en simples produits ? Dans Economie et Société (1922), Max Weber oppose la rationalité en valeur, qui consiste à agir par conviction, caractérisant ainsi l’action humanitaire avec sa logique du don et du bénévolat, à la rationalité en finalité, c’est-à-dire la recherche de l’efficacité et du meilleur moyen d’atteindre son but par un calcul coût/avantage, caractéristique des pratiques du marketing en entreprise. Ces deux concepts sont au coeur du sujet: si les ONG étaient à l’origine dans un processus de rationalité en valeur, elles ont depuis évolué vers un modèle de rationalité en finalité. Alors pourquoi cette intégration des principes marketing d’entreprises si controversé s’est-elle avérée nécessaire au développement et à la survie des ONG de solidarité internationale ? Lire la suite

Retour sur l’affaire des « Pussy Riot » : bouc-émissaires médiatique ou virtuoses militantes ?

Par Dahlia Adda, Lois Aisa, Géraud Albouy, Lauranne Arneton-Racon, Pauline Aufrère, Kaïna Bakli | samedi 14 octobre 2017

Les Pussy Riot (« émeute de chatte »), un groupe punk et féministe russe, ont défrayé la chronique médiatique au printemps 2012 suite à un happening provocateur dans une cathédrale de Moscou. Les trois membres du groupe entendaient dénoncer la collusion entre le clergé orthodoxe russe et le pouvoir présidentiel. Une vidéo diffusée sur la toile a rapidement fait le tour du monde, contribuant à ériger les Pussy Riot en symbole de l’opposition au gouvernement de Vladimir Poutine. Analyse de la médiatisation internationale de musiciennes en colère.

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Performance des Pussy Riot devant la cathédrale Saint Basil à Moscou, le 20 Janvier 2012. Photographe: Anna Artemeva/AFP/Getty Images

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Communiquer avec les jeunes : un défi de taille pour la mission locale d’Orly-Choisy

Par Émilia DAVODEAU et Yohann GARCIA | vendredi 29 septembre 2017

Communiquer avec les jeunes : un défi de taille pour la mission locale d’Orly-Choisy « Fournir au bon jeune la bonne information au bon moment ». Tel a été le souhait formulé par notre commanditaire lors de notre première rencontre le 20 avril dernier. Souhait ? Commanditaire ? Mais de quoi parle-t-on au juste ? Petit retour en arrière. Lire la suite

Le préfixe « re-» comme marqueur de rhétorique du déclin : une variété d’usages dans les discours politiques français

Par Caroline Com et Marion Jaille | lundi 29 mai 2017
Article de Minute du 26 octobre 2016, sur le site web de l’hebdomadaire (www.minute-hebdo.fr). Capture d’écran.

Article de Minute du 26 octobre 2016, sur le site web de l’hebdomadaire (www.minute-hebdo.fr). Capture d’écran.

« Retrouver le souffle de la France » Cet intitulé ne vous choque pas ? Rien ne vous dérange dans cette formulation utilisée comme titre d’article dans Minute ? C’est bien normal, car elle ne se veut pas polémique au premier abord : elle n’est pas faite pour déstabiliser. Pourtant cet énoncé, ces quelques mots, présentent une force rhétorique dont nous allons exposer les fonctionnements et les enjeux. Lire la suite