Archives pour la catégorie Vues d’ailleurs

Les contradictions du Mouvement 5 étoiles (M5S)

Par Ilaria BERSANI | mercredi 3 avril 2019

Compte rendu de deux articles de recherche : « Le Mouvement 5 étoiles : une réponse 2.0 à la crise de la démocratie représentative », Revue internationale et stratégique, n° 106, 2017, p. 111-120 et « Quand la politique tire la langue. Le VaffaDay du M5S (Movimento 5 Stelle) », Mots. Les langages du politique, n° 106, 2014, p. 87-103. Ces deux articles, dus respectivement à Mattia Zulianello et Laura Santone, analysent et explorent les dynamiques liées à la naissance et au développement du parti politique italien du Mouvement 5 étoiles, fondé en 2009 par le comique satirique et acteur Giuseppe Piero Grillo (Beppe Grillo) avec l’aide de l’expert en communication informatique Gianroberto Casaleggio.

visuel du Mouvement 5 étoiles

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Sous les parapluies, la révolution ? Retour sur le mouvement Occupy Central (Hong-Kong, 2014)

Par Chérifa Jemoui, Nathan Pellet, Gabrielle Martinet (promotion 2018-2019) | jeudi 10 janvier 2019

unnamedSeptembre 2014, au cœur du quartier d’affaires de Hong-Kong, naît la « révolution des parapluies ». Cette contestation populaire est aujourd’hui de retour dans l’actualité avec l’ouverture du procès de trois de ses initiateurs en novembre 2018. Initialement, le mouvement s’oppose à un projet de réforme lancé en août 2014 par le gouvernement chinois qui vise à modifier le processus d’élection du chef de l’exécutif hongkongais. Une bataille médiatique sur le sens de la protestation démarre alors entre les manifestants, les médias occidentaux et Pékin. La structure particulière du système politique de Hong-Kong peut se résumer par l’expression « un pays, deux systèmes ». Elle désigne l’existence d’une enclave libérale tournée vers la mondialisation au sein d’un territoire marqué par le régime communiste. Hong-Kong possède ainsi un système qui lui est propre et seules la défense et la diplomatie sont gérées par le gouvernement chinois. En 2014, ce dernier décide de modifier l’organisation des élections hongkongaises en n’autorisant que trois candidats à se présenter, présélectionnés au préalable par un collège de 1200 personnes. Autrement dit, cette mesure n’est rien d’autre qu’une présélection du futur chef de l’exécutif de Hong-Kong par Pékin et fausse le principe de suffrage universel.

Opposé à cette mesure, le mouvement protestataire exige des élections libres et démocratiques sans présélection des candidats, c’est-à-dire un véritable suffrage universel. Les étudiants et lycéens, organisés au sein de mouvements citoyens tels que Scholarism, ou encore Hong Kong Federation of Students, sont les premiers à répondre à l’appel d’Occupy Central. Ils vont même le devancer avec un boycott des cours le 22 septembre 20141. Le mouvement Occupy Central with Love and Peace (OCLP) est un collectif pro-démocrate autour duquel Occupy Central va s’organiser. Barthélémy Courmont et Emmanuel Lincot l’analysent comme le produit d’un éclatement de frustration de la part des Hongkongais2. Ce vent de révolte n’est toutefois pas unanime, en particulier lorsque le mouvement s’enlise et impacte le quotidien des habitants et l’économie locale. Cet article revient ainsi sur les luttes entre les pro-démocrates et le gouvernement pékinois pour occuper l’espace public mais aussi médiatique, en s’appuyant sur le traitement journalistique dont la « révolution des parapluies » fait alors l’objet en France et en Chine. Lire la suite

Contourner la censure, mobiliser les soutiens : la « stratégie du boomerang » dans la médiatisation du mouvement anti-Apartheid

Par Julie Andreani, Aliou Ba, Alexandre Adam et Alexandre Abreu (promotion 2018-2019) | mercredi 2 janvier 2019
Une du journal “Anti-Apartheid News” publié par le mouvement anti-apartheid en novembre 1968

Une du journal “Anti-Apartheid News” publié par le mouvement anti-apartheid en novembre 1968

Le régime d’Apartheid en Afrique du Sud (1948-1991) est sans nul doute l’un des systèmes de ségrégation ethnico-raciale les plus implacables du XXe siècle. Au moyen d’un arsenal juridique particulièrement sophistiqué qui institutionnalise le « développement séparé des races », à commencer par le Population Registration Act de 1950, de nombreux groupes raciaux – Indiens, Métis et, surtout, Noirs – sont exploités, opprimés et progressivement concentrés dans des enclaves territoriales – les fameux « bantoustans » – au profit d’une classe blanche issue des différentes vagues de colonisation européenne. Toutefois, dès 1952 un mouvement de résistance s’organise et aboutit en 1955 à la signature par plus d’un million de personnes d’une « charte de la liberté » (Freedom Charter) exigeant la liberté des droits, l’abrogation de la ségrégation raciale et l’instauration d’un régime démocratique. La répression gouvernementale est sévère, comme le montre l’arrestation et le procès pour « haute trahison », très médiatisé, de 156 dirigeants de l’African National Congress (ANC) et d’organisations alliées. Contraints pour beaucoup à la clandestinité, l’emprisonnement ou l’exil, les militants anti-Apartheid vont chercher, en particulier après le massacre de Sharpeville en 1960, durant lequel la répression policière fait 69 morts du côté des manifestants noirs du township de Vereeniging, dans le Transvaal, des soutiens internationaux, y compris en France. Dans une logique comparable au « modèle du boomerang » développé par Margaret Keck et Kathryn Sikkink dans leur analyse des mobilisations transnationales[1], les médias deviennent l’une des arènes où se joue le combat contre le régime : alors que la presse afrikaner, appuyée par certains médias étrangers conservateurs, ne cachent pas leur hostilité à l’égard des mouvements de résistance qui menacent les privilèges des Blancs, une partie de la presse internationale se fait le relais des revendications anti-Apartheid et des campagnes pour des sanctions économiques et le boycott culturel et sportif du pays. Lire la suite

We are the 99%… are we? Le cadrage universaliste d’Occupy Wall Street et ses limites

Par Allisson Haas, Hayson Challco, Antoine Guerreiro, Joseph Gotte | lundi 10 décembre 2018

« We are the 99% » (« Nous sommes les 99% ») ! Ce slogan bien connu du mouvement Occupy Wall Street (OWS) énonce l’existence d’un consensus citoyen qu’il contribue dans le même temps à produire. La vox populi doit se mobiliser « contre l’avidité et la corruption des 1 % restants »[1] : les élites dirigeantes et possédantes. Entamé le 17 septembre 2011, ce mouvement contestataire occupe de manière pacifique le parc Zuccotti, en plein quartier de la bourse à New York, pendant près de deux mois[2]. Dénonçant les vices du capitalisme et le conflit des classes aux États-Unis, renforcés par le krach financier de 2008, cette mobilisation aux revendications proches de la mouvance anarchiste américaine[3] ou du réseau Global Justice Movement[4] a connu une adhésion large auprès de publics très divers. Représentants d’ONG, journalistes, philosophes, féministes, chefs d’entreprise, personnalités publiques et politiques et membres des communautés hispaniques, LGBT, ou encore le clergé affichèrent leur soutien aux occupations[5]. Pourtant, au-delà du cadrage « universaliste » d’un mouvement qui entend représenter les « 99% », l’hétérogénéité de ses militants et ses modalités d’action interroge ses capacités à rassembler largement et sur le long terme.

OccupyWallStreet-photoCouveture-©Occupy Lire la suite

Les dazibaos, outils d’expression populaire ou relais de la propagande maoïste ?

Par Mélissa Tacita, Fauz Tauk, Manon Tissier, Pierre Vendeix, et Lucie Verpraet | jeudi 21 décembre 2017

Dazibao, ce terme chinois que l’on peut traduire par « journal à grands caractères » désigne des affiches réalisées en Chine par les citoyens, parfois anonymement[1]. Ils constituent un moyen de communication populaire rapide et bon marché. Selon des récits de voyageurs[2], leur origine remonte au temps de la Chine impériale, sous le règne de l’empereur Tien-te, de la dynastie Qing, au pouvoir à partir de 1644. Les dazibaos permettent l’expression publique de désaccords vis-à-vis de la politique menée par les magistrats impériaux. Les passants se réunissent devant ces affiches pour les commenter. Après la période impériale, la pratique des dazibaos se marginalise. Il faut attendre l’arrivée de Mao Zedong au pouvoir en 1949 pour faire renaître cette vieille tradition populaire[3]. L’objectif déclaré était de favoriser des actions collectives en vue de combattre les injustices perpétrées par les autorités[4]. Le dazibao est ainsi conçu en Chine comme un outil visuel de dénonciation de faits sociaux et politiques, un outil de libre expression qui sert à relayer l’annonce de mouvements sociaux ou la diffusion d’idées nouvelles. Ils peuvent prendre la forme d’un simple texte, d’un article de journal, d’un divertissement satirique, d’une question, d’une information, d’un poème, d’un bon mot, ou encore d’un slogan. Ces affiches sont ensuite placardées partout où cela est possible dans l’espace public, dans des universités, des usines, des lieux de passage, des lieux d’exercice du pouvoir, pour être lues par le plus grand nombre. L’histoire des dazibaos permet ainsi d’interroger celle de la communication politique, souvent réduite aux seuls pays occidentaux[5]. Comment ce média, à l’origine conçu comme un outil de libre expression et de communication populaire, a pu devenir un outil de la propagande maoïste, favorisant le consensus interne autour du régime communiste, tout en renvoyant une image de liberté d’expression à l’étranger ?

Chinois réunis devant des dazibaos. Source : http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/2012/09/chine-dazibao_19.

Chinois réunis devant des dazibaos.
Source : http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/2012/09/chine-dazibao_19.

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Censure, propagande et contestation : les médias et les mouvements pacifistes durant la guerre du Vietnam

Par Imane KADI, Panji KSATRIYAWISESA, Maéva LARONCE, Laurine LEANG, Mickaël LEGOT, Maxime LEYNAUD | mercredi 22 novembre 2017

En 1965, les troupes américaines sont massivement déployées au Vietnam pour faire face à la crise opposant le nord du pays, soutenu par l’URSS, et les nationalistes du sud, soutenu par les Américains. L’envoi des troupes au sol est décidé par le président américain Lyndon B. Johnson. Ce dernier mène une politique offensive entre 1965 et 1968, provoquant un enlisement du conflit et inaugurant une nouvelle phase de la Guerre froide. Aux Etats-Unis, d’importantes contestations à la guerre voient le jour, dénonçant la violence dont sont victimes la population civile vietnamienne et les soldats américains mobilisés. Les contestations pacifistes n’émergent pas immédiatement après l’entrée en guerre mais plus tardivement, dans la deuxième moitié des années 1960. Qu’est ce qui explique cette prise de conscience et comment se sont constitués les mouvements contre la guerre du Vietnam? La thèse dominante a longtemps été celle du rôle clé des médias américains, qui auraient dévoilé au public les horreurs du conflit. Pourtant, ce rôle fut, on va le voir, beaucoup plus ambivalent. Au début, les médias américains subissaient la censure de Washington et de l’armée. Mais dans un second temps, les journalistes vont prendre conscience de la réalité sur le terrain et changer la tonalité de leurs articles. En parallèle, de nombreux titres de presse vont émerger aux Etats-Unis afin de contester et d’organiser les mouvements contestataires contre la guerre. image2-vietnam Lire la suite