Archives pour la catégorie Vues d’ailleurs

Plaidoyer et ONG : opportunités et écueils d’une « politisation feutrée »

Par Mathilde Armien, Emeric Fiar, Marion Pericaud, Eric Quillier, Claudia Rossi, Ian Vidal | vendredi 3 février 2017
Couverture Critique Internationale

Compte-rendu, Critique internationale 2015/2 (N°67), “La politique du plaidoyer”

Depuis les années quatre-vingt-dix, un nombre croissant d’organisations non-gouvernementales (ONG) et d’associations tentent de défendre leurs revendications et leurs causes en essayant directement d’influencer les personnes et les institutions publiques détentrices de pouvoir. Cette pratique, appelée « plaidoyer » (advocacy en anglais), se distinguerait des techniques d’influences des entreprises privées qu’est le lobby en raison de sa nature. Historiquement, il semble que  l’octroi d’un statut consultatif des Organisations non-gouvernementales (ONG) au sein du Conseil économique et social des Nations Unies et la remise du prix Nobel de la paix en 1997 à une coalition de six associations pour leur engagement pour la ratification de la convention sur l’interdiction des mines anti-personnelles, soient à l’origine du développement du plaidoyer par la société civile, ONG et autres associations. Ce sujet est traité dans le numéro 37 de la revue Critique Internationale “Politiques du plaidoyer”, publié en 2015, et issu d’un congrès organisé en 2013 intitulé “Plaidoyers et advocates”. Dirigé par Etienne Ollion et Johanna Siméant, le dossier composé de six articles, tente d’analyser les conséquences  de l’immixtion de la société civile dans les sphères du pouvoir politique, lieu où sont prises les décisions. Cette entrée dans la sphère politique fait l’objet d’un rejet récurrent d’une partie des militants, acteurs de la société civile, qui se méfient de l’adoption de ces méthodes, voire dans certains cas, de la professionnalisation du plaidoyer. Cette méfiance ne s’explique pas seulement par la proximité du plaidoyer avec le lobbying, mais en raison des conséquences que pourrait avoir – sur les organisations militantes elles-mêmes – son interaction avec la “sphère des décideurs”. Lire la suite

Stratégies de communication et traitement médiatique des mobilisations pro-palestinienne en France : le cas de « l’affaire » Salah Hamouri (2007-2012)

Par Léa Petit, Ismaël El Hajri, Émilia Davodeau, Simon Duquerroir | samedi 26 novembre 2016

image-1-te%cc%82te-darticle« Depuis que Daech existe, on nous a oublié! » s’exclame Riad, un jeune palestinien d’Hébron au cours d’un échange informel avec un volontaire français en voyage de solidarité en Cisjordanie, en octobre 2016[1]. La guerre en Syrie et la naissance du groupe « Etat islamique » occupent, depuis 2011, les rédactions du monde entier – un phénomène encore accentué en France après les attentats sanglants de janvier et novembre 2015[2]. Cette forte médiatisation contribue non seulement à occulter le conflit israélo-palestinien, cet autre foyer de conflit au Moyen-Orient, plus ancien et habituellement traité à la loupe par les journalistes[3] mais, dans bien des cas, à jeter le discrédit sur les défenseurs de la cause palestinienne, parfois soupçonnés en bloc de défendre le terrorisme, l’islamisme radical voire des formes explicites ou masquées de haine raciale[4]. Lire la suite

Pride ! La fierté des ouvriers ?

Par Lydia CHEDDAD Julie EL-MOKRANI TOMASSONE Yohann GARCIA Clément LEBOURG Yoro FALL | dimanche 20 novembre 2016

  

Pride! (2014). Un film de Matthew Warchus

Pride! (2014). Un film de Matthew Warchus

Grande-Bretagne, 1984. Une manifestation de mineurs contre le projet de fermeture des mines du gouvernement Thatcher. Foule, slogans, brouhaha. Au milieu des manifestants, majoritairement des hommes, cette banderole improbable : “Lesbians and Gays Support the Miners”. Cette histoire nous est racontée dans le film Pride! de Matthew Warchus, sorti en 2014. Il met en scène un groupe d’amis homosexuels qui fondent Lesbians and Gays Support the Miners(LGSM), le comité de soutien le plus actif à la grève des mineurs. À ce moment-là, ni les militants de LGSM, ni les mineurs syndicalistes ne peuvent deviner qu’ils sont les acteurs d’un profond bouleversement de la société anglaise. Lire la suite

Du happening au marketing : l’évolution des stratégies de communication de Greenpeace.

Par Khady Dieye, Nicolas Léger, Mamadou Bobo Ba, Edwige Daniel et Pauline Courbé Dubost | jeudi 17 novembre 2016
Le Rainbow Warrior, un instrument de "marketing militant" ? (Source : http://www.greenpeace.org/)

Le Rainbow Warrior, un « bureau itinérant d’information et de propagande » ? (Source : http://www.greenpeace.org/)

Après une escale au Maroc le Rainbow Warrior, célèbre navire de l’ONG écologiste Greenpeace, s’apprête à mettre les voiles pour un nouveau périple. Sa cible ? Le Mexique. Son objectif ? Mener une nouvelle mission de sensibilisation sur le réchauffement climatique et promouvoir l’utilisation des énergies propres. Le Rainbow Warrior est devenu, au fil des ans, un emblème universel. Lire la suite

Un prosélytisme sous contrainte : le cas de la cause végane

Par Anne-Flore Buisson-Bloche, Caroline Com, Giulia Bellomonte | lundi 14 novembre 2016

Le mois de novembre n’est pas uniquement le « Mois sans tabac » lancé par le Ministère de la santé : c’est aussi le « Mois Mondial Végane ». Moins médiatisé que le premier, cet événement débute le 1er novembre avec la Journée internationale du végétalisme, une date qui fait référence à la création de la Vegan society par Donald Watson et Elsie Shrigley, le 1er novembre 1944 en Angleterre[1]. Ces deux militants décrivaient le véganisme comme une « philosophie et [un] mode de vie qui tend à exclure, autant qu’il est possible, toutes formes d’exploitation et de cruauté faites aux animaux afin de se nourrir, se vêtir ou dans n’importe quel autre but ». Les véganes ont donc une alimentation similaire à celle des végétaliens, à savoir qu’ils ne consomment aucun aliment issu des animaux, mais leur philosophie va plus loin puisqu’ils refusent y compris les vêtements fabriqués à partir d’animaux, les événements ou dispositifs qui exploitent les animaux, comme la corrida et le zoo, ou encore les cosmétiques testés sur les animaux. yeswecanvegan Lire la suite

La fin du bipartisme à la sauce espagnole ?

Par Mathilde Armien et Thérèse Massamba (M1) | vendredi 24 juin 2016
Mariano Rajoy (PP), Pedro Sánchez (PSOE), Albert Rivera (Ciudadanos) et Pablo Iglesias (Unidos Podemos) lors du débat du 13 juin 2016.

Mariano Rajoy (PP), Pedro Sánchez (PSOE), Albert Rivera (Ciudadanos) et Pablo Iglesias (Unidos Podemos) lors du débat du 13 juin 2016.

« España tumba el bipartidismo y deja en el aire el gobierno », « Rajoy gana las elecciones con un Parlamento ingobernable », « Lío general »[1]. Au lendemain des élections générales du 20 décembre 2015, les journaux espagnols s’inquiètent de la fin du bipartisme et de la situation politique inédite de l’Espagne. Aucun des quatre grands partis espagnols – le Partido Popular (PP), le Partido Socialista Obrero Español (PSOE), Podemos et Ciudadanos – n’est parvenu à imposer une majorité. Cette élection pas comme les autres met fin au bipartisme traditionnel (PP/PSOE) et acte la montée de deux jeunes partis. Pour bien comprendre le caractère exceptionnel de cette conjoncture politique, il faut entrer dans les rouages de la monarchie parlementaire espagnole. Tous les quatre ans, les Espagnols sont invités à voter pour élire les membres des Cortes Generales. En Espagne, les Cortes Generales désignent un parlement bicaméral composé d’un Congrès de 350 députés (un député pour 100 000 habitants) et d’un Sénat d’environ 260 élus. En raison des disparités démographiques sur le territoire espagnol, la population élit les députés au scrutin proportionnel de liste par province du pays (Ceuta et Melilla ont un statut particulier de villes autonomes) et les sénateurs au scrutin majoritaire plurinominal par province. A la suite des élections du 20 décembre dernier, aucun parti n’a réussi à atteindre les 175 sièges nécessaires au Parlement pour former un gouvernement. Le PP a obtenu 122 sièges, le PSOE 91, Podemos 69 et Ciudadanos 40. Pendant des mois, les quatre partis ont essayé de trouver un accord, de négocier entre eux pour pouvoir former un gouvernement. En vain. Face à l’impossibilité de trouver une entente, le roi d’Espagne Felipe VI a dissolu le Parlement le 3 mai 2016 et a convoqué de nouvelles élections le 26 juin. Comment analyser la campagne électorale des quatre grands partis espagnols ? Lire la suite