Archives pour la catégorie Culture Com’

Des « oiseaux de malheur » aux communicants de crise : communiquer la mauvaise nouvelle au fil des siècles

Par Pauline COURBÉ DUBOST, Yohann GARCIA, Clément LEBOURG, Léa PETIT | vendredi 26 janvier 2018

Compte rendu critique du vingt-cinquième numéro de la revue d’histoire politique Parlement[s] :

« Assassinat d’Henri IV et arrestation de Ravaillac, le 14 mai 1610 » de Charles-Gustave Housez (1858)

« Assassinat d’Henri IV et arrestation de Ravaillac, le 14 mai 1610 » de Charles-Gustave Housez (1858)

À l’occasion de son vingt-cinquième numéro, paru au premier trimestre de l’année 2017, la revue Parlement[s] consacre un important dossier aux « oiseaux de malheur », définis par Michel Cassan, coordinateur et directeur de ce numéro thématique comme des porteurs de mauvaises nouvelles. La mauvaise nouvelle étant « assimilable à un évènement ayant la capacité de bouleverser soudainement la psychologie collective de l’opinion », une même réalité peut néanmoins être inquiétante ou sinistre pour les uns et heureuse pour les autres… Les études de cas recueillies dans ce numéro visent à fournir un échantillon de l’information et de la « communication politique » – risquons l’anachronisme – diffusées par des autorités étatiques et urbaines, confrontées à une mauvaise nouvelle et à la nécessité de la transmettre à leurs administrés. Les articles s’attachent à analyser les attitudes des autorités devenues des « oiseaux de malheur » et à dégager d’éventuelles similitudes entre leurs initiatives, leurs gestes, leurs pratiques ainsi que les rituels au cours des siècles. Lire la suite

Act Up Paris : la (re)construction d’un symbole de la lutte contre le sida

Par Angélique Simonnet, Inès Schmitt, Maurane Sioul, Nancy Strazel | jeudi 4 janvier 2018

Après plusieurs années de silence, l’association Act Up Paris revient sur le devant de la scène médiatique avec la sortie, le 23 août 2017, du film 120 Battements par Minute de Robin Campillo. Le film est un succès en salle et remporte le Grand Prix du jury au festival de Cannes. Act Up Paris est une association de lutte contre le sida créée en 1989 à l’initiative de Didier Lestrade, Pascal Loubet et Luc Coulvain. Leur modèle de référence est Act Up New York, dont ils importent les formes d’actions militantes (die in, zap…). Act Up se démarque ainsi d’emblée des autres associations de lutte contre le sida car ses membres veulent mettre en place une nouvelle forme d’engagement militant. Act Up Paris critique les premières associations, notamment AIDES et ARCAT, dont le rôle de médiateur entre les malades et la société, visant à lutter contre la stigmatisation, aurait exclu les malades de la lutte. Act Up souhaite à l’inverse donner un rôle actif aux séropositifs. Elle 184359inaugure une prise de parole publique des malades du sida, qui sont invités à s’exprimer à la première personne. Act Up fait le choix de se présenter comme une association de séropositifs homosexuels. Cette identité fondée sur un retournement de stigmate ne lui a pas permis d’accéder à un statut d’association d’utilité publique, contrairement à AIDES, devenue fédération nationale en 1990, dont les objectifs médicaux concernent la population dans son ensemble et donc « l’intérêt général » au sens des pouvoirs publics[1]. Dès son apparition, Act Up Paris est donc un collectif militant triplement marginal, à la fois sur le plan de ses discours revendicatifs, de son répertoire d’action et de sa reconnaissance institutionnelle. Le choix du réalisateur Robin Campillo de l’ériger, trente ans plus tard, en symbole de la lutte contre le sida interroge les mécanismes de construction sociale des symboles à l’heure des médias de masse. Act Up s’est en effet fait connaître par des actions médiatiques spectaculaires qui n’avaient pas vocation à s’inscrire dans le temps long. Il convient dès lors de s’interroger sur l’enjeu mémoriel que représente le film 120 Battements par Minute pour cette association. Pourquoi le militantisme d’Act Up s’est-il imposé dans la mémoire collective et comment le film peut-il contribuer à transformer les représentations collectives de l’association ? Lire la suite

Quand les journalistes se mobilisent : retour sur la grève d’iTélé (octobre-novembre 2016)

Par David Cissé, Aymeric Cotard, Marion D’Hondt, Carla Dobré, Antoine Dubois, Kevin Ünver | mercredi 25 octobre 2017

Le 17 octobre 2016, une grève majeure débute sur la chaîne d’information en continu iTélé (groupe Canal +). Les journalistes se mobilisent pendant un mois. Ils bénéficient du soutien de leurs confrères et d’une partie de l’opinion autour du slogan #jesoutiensITELE. Le fait est exceptionnel, car le recours à la grève est rare dans la profession. Comment expliquer le recours à ce mode d’action par la rédaction ? Quelles contraintes et ressources peuvent être mobilisées lorsque les journalistes manifestent leur mécontentement en suspendant leur activité éditoriale? Après une analyse de l’impossible négociation entre les grévistes et la direction de la chaine, nous verrons que la question des conditions de travail et des codes déontologiques s’est posée de façon centrale. Entre défense du droit du travail et réflexion sur le rôle de la presse, la grève à iTélé apparaît comme le symptôme d’un malaise dans la gestion et l’organisation des groupes médiatiques.

Antoine Genton, porte-parole des grévistes, répond aux questions des médias

Antoine Genton, porte-parole des grévistes, répond aux questions des médias

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Allier posture critique et jeu de mots : un titre très en phase avec l’ethos de Libération

Par Anne-Flore Buisson-Bloche | jeudi 16 mars 2017

De sa naissance, en 1973, à aujourd’hui, le quotidien national Libération a su développer une réelle stratégie de démarcation pour attirer les lecteurs et les fidéliser. Afin de se différencier, le journal réaffirme donc fréquemment son identité propre et cela, notamment, grâce à une titraille travaillée et marquée par l’ironie critique caractéristique du quotidien.

Libération, 29-30 octobre 2016 p. 7

Libération, 29-30 octobre 2016 p. 7

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Le pouvoir politique des séries télévisées : mythe ou réalité ?

Par Camille Dely, Mélanie Dosreis, Jade François, Lucie Henman-Roche, Youssara Id-Chrife, Pauline Wathelet | jeudi 16 février 2017

couverture_88Les séries télévisées restent un objet d’étude original pour les chercheurs universitaires, bien que certains s’y intéressent depuis déjà vingt ans. Dans une interview datant de 2014, Marjolaine Boutet, docteure en Histoire et spécialiste des séries, affirme “qu’en France on pense par le noble”, et jusque récemment télévision et séries étaient considérées comme des objets dépourvus de légitimité intellectuelle[1]. Sous l’impulsion de la recherche américaine, les publications académiques traitant des séries sont pourtant devenues plus fréquentes. C’est dans ce cadre que s’inscrit le numéro “Les séries, politique fiction”, dirigé par Antoine Faure et Emmanuel Taïeb, de la revue Quaderni. Le dossier thématique porte sur les séries télévisées de type “drama”, c’est à dire d’une durée de 44 minutes à une heure. Il est composé de sept articles qui abordent le sujet sous des angles très différents. Le point commun qui ressort de la lecture de ce numéro est que chacun des auteurs s’interroge sur le potentiel politique des séries télévisées dans le monde réel, malgré leur dimension fictionnelle. La question se pose de manière bien plus aigüe aujourd’hui qu’il y a dix ans. Les séries sont passées d’un sous-genre déconsidéré, en raison du contenu – jugé pauvre – des soaps prépondérants à l’époque, à un genre à part entière, reconnu pour son inventivité et la qualité de sa réalisation. Pour les contributeurs de ce numéro, il s’agit donc de s’affranchir des préjugés afin de considérer les séries comme un genre digne d’analyse, un matériau de recherche ou même un outil pédagogique. Lire la suite

Cinéma et politique : une rencontre inévitable ?

Par P. Giambelluca, C. Louis, F. Maitre, T. Massamba, M. Ouagazzal, E. Parise | vendredi 10 février 2017
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Compte-rendu du n° 86/hiver 2014-2015 de la revue Quaderni, « Penser le politique par le film »

“Penser le politique par le film, est-ce à dire que le film est politique ?” Le dossier de la revue Quaderni (n°86, hiver 2014-2015) fait appel à une sociologie du cinéma pour décrypter un objet d’étude jusqu’à récemment boudé pour son manque de “noblesse”, à savoir les productions filmiques. Cette revue interdisciplinaire de sciences humaines, publiée aux Éditions de la Maison des sciences de l’homme, rassemble des publications scientifiques qui ont pour objectif d’explorer le champ de la communication ainsi que ses rapports essentiels avec les technologies et le pouvoir. Pour ce dossier, les auteurs proposent de s’interroger sur des productions artistiques particulières, en l’occurrence des œuvres filmiques fictionnelles, pour montrer les tensions qu’elles reflètent ou suscitent dans le monde réel et plus spécifiquement dans l’univers du politique. Il s’agit donc de faire apparaître les liens étroits existants entre l’art et la réception politique qui en est faite. Lire la suite