Archives pour la catégorie Chroniques politiques

Se servir des médias sans leur être asservi ? Une analyse de l’entrée en politique de François Ruffin

Par Sandrine Nkouoh, Anabelle Patier, Benjamin Chamblain, Hugo Rémond-Marques, Quentin Rousset | lundi 8 janvier 2018

ob_108ee3_francois-ruffin-a-amiens-07-171Élu député de la première circonscription de la Somme le 18 juin 2017, au deuxième tour des élections législatives, le journaliste et militant de gauche François Ruffin déploie depuis cette date, au sein du groupe parlementaire La France Insoumise (LFI), une stratégie de mise en scène publique de soi qui détonne dans un paysage politique dominé par le consensus « social-libéral » de La République en Marche (LREM), le parti du président Emmanuel Macron. Fondateur du journal alternatif Fakir en 1999, critique acerbe des méthodes de formation des journalistes (Les Petits Soldats du journalisme, 2003), auteur de plusieurs enquêtes journalistiques et essais politiques (Quartier Nord, 2006 ; La Guerre des Classes, 2008 ; Leur grande trouille, 2011 ; Comment ils nous ont volé le football, 2014), François Ruffin se fait connaître du grand public en 2016 en tant que co-initiateur du mouvement Nuit Debout et réalisateur du documentaire « Merci Patron ! », qui totalise plus de 500.000 entrées en salle et obtient le césar 2017 du meilleur documentaire. Bien qu’il soit très critique à l’égard de l’emprise des « communicants » sur la vie politique, à qui il reproche de renforcer la coupure entre les élus et les citoyens, sa manière très personnelle d’incarner le rôle de député peut toutefois être interrogée sous l’angle de la sociologie politique de la communication. Comment ce militant-journaliste, longtemps resté en-dehors du champ politique national, se lance-t-il dans la course électorale et parvient-il à s’affirmer dans les débats parlementaires ? Comment ce critique radical des médias et du journalisme en vient-il à multiplier les interventions dans les émissions grand public des médias audiovisuels, et à quel prix ? Quelles prédispositions liées à sa biographie personnelle et professionnelle permettent de saisir cette « prise de rôle » (au sens de Goffman) pleine de paradoxes ? Lire la suite

Reporterre, le quotidien en ligne de l’écologie : un journalisme comme les autres ?

Par Julie Monrose, Corentin Lochon, Anthony Meignen, Soraya Liveze, Hyunkyu Lim, Jessica Luron | mardi 19 décembre 2017

Le 28 novembre 2013, le site d’information en ligne Reporterre publie le premier reportage de la presse française sur l’opposition au projet de barrage de Sivens, dans la vallée du Testet (Tarn). Le traitement de fond du dossier offert aux lecteurs contribue à asseoir sa crédibilité journalistique et à accroître son lectorat. Cet épisode marque un tournant dans la reconnaissance professionnelle de ce média dans le champ journalistique, qui devient une source d’information crédible dont l’expertise est recherchée par d’autres médias. AujLogo de Reporterreourd’hui encore, Reporterre apparaît comme un « média alternatif » de référence sur l’écologie. Néanmoins, certains journalistes considèrent ses collaborateurs davantage comme des militants que comme de véritables journalistes. Cette apparente contradiction entre militantisme et journalisme interroge. Si l’on se réfère aux représentations socialement dominantes des rôles de journaliste et de militant, l’idée d’un « journalisme militant » semble relever de l’oxymore. Un journaliste est, dans la vision qu’en offre les manuels et écoles de journalisme, un professionnel dont le métier « consiste à recueillir et traiter des informations à destination d’un public » [1]. A la recherche de la véracité des faits, il doit donc mettre de côté ses opinions personnelles, adopter une posture distanciée. Le militant, lui, apparaît comme une personne qui défend activement une cause, le plus souvent au sein d’une organisation dédiée (collectif, association, syndicat, parti, etc.). Cherchant par l’action à faire triompher ses idées, ses opinions, sa posture est résolument engagée. Ces représentations qui opposent le journaliste distancié, d’un côté, et le militant engagé, d’un autre, reposent toutefois sur des bases juridiques et historiques fragiles. En France, d’un point de vue légal, il suffit pour être reconnu comme journaliste professionnel d’exercer ce métier dans une publication quotidienne ou périodique, ou dans une agence de presse, et d’en tirer le principal de ses revenus[2]. Rien n’est dit sur les normes et modalités d’exercice concrètes de la profession. Rien n’interdit en conséquence, de considérer légalement les collaborateurs de Reporterre comme des journalistes. Selon quels critères un journaliste qui traite d’écologie dans ce quotidien en ligne devrait-il être considéré comme plus « engagé » qu’un journaliste qui traite des marchés financiers aux Echos, des affaires gouvernementales au Monde, des tendances culturelles du moment à Libération ou de l’industrie de l’armement au Figaro ? La mise à distance des critères d’excellence journalistique conventionnels dans un média comme Reporterre interroge ainsi la définition même du journalisme aujourd’hui. Lire la suite

L’habit en politique ou la symbolique du pouvoir. L’exemple français : de 1958 à 2017

Par Tanguy Hergibo | mardi 4 avril 2017
Michel Rocard aux cotés de François Mitterrand, Président de la République Française.

Michel Rocard aux cotés de François Mitterrand, Président de la République Française.

« Oui, l’habit ça flatte toujours ; et ce n’est pas moi qui suis élégant, c’est mon costume. » disait Marcel Pagnol. En effet, le costume a toujours représenté bien plus que l’Homme qui le portait et c’est pour cela qu’il est une arme de démonstration du pouvoir depuis bien des siècles. Lire la suite

Bulgarie : baromètre des enjeux autour des élections législatives anticipées

Par Émilia DAVODEAU et Yohann GARCIA | mardi 21 mars 2017

Bulgarie)Un peu moins de 24h avant le scrutin, les élections législatives anticipées en Bulgarie cristallisent bon nombre d’enjeux. Elles interviennent dans un contexte commun à la plupart des démocraties européennes, puisque l’extrême droite y est très largement attendue. Alors, en quoi les élections législatives constituent-elles le principal enjeu de stabilité politique de la Bulgarie, alors même que le pays ne parvient pas à se doter d’institutions démocratiques tangibles depuis la transition postcommuniste de 1989 ? Lire la suite

Les élections législatives aux Pays-Bas: un scrutin plein de surprises

Par Camille Louradour & Amelie Tee Haler | lundi 20 mars 2017
"Le 15 sera le moment du changement",vraiment ?

« Le 15 sera le moment du changement »,vraiment ?

Les derniers mois ont été plein de surprises électorales. Les élections législatives qui ont eu lieu aux Pays-Bas le 15 mars 2017 n’ont pas manqué à l’appel. Toutes les caméras de l’Europe étaient pourtant braquées sur ce pays, dont le scrutin avait valeur de test. Après le Brexit, le référendum en Italie, une nette avance de Geert Wilders comme cela était annoncé par les sondages aurait signifié un nouveau coup dur pour l’Union Européenne. Toutefois, le parti du leader d’extrême-droite obtient un score loin de ses attentes. Avec 19 sièges, il augmente certes de 5 sièges son score des précédentes élections, mais reste loin derrière le VVD du Premier ministre Mark Rutte. Dans cet article nous essayerons de comprendre ce qui a mené à ce résultat inattendu. Lire la suite

TOC-TOC, LA POLITIQUE FRAPPE A VOTRE PORTE. Le porte-à-porte: de la théorie à la pratique électorale

Par Fatimata BA, Agathe BIDET, Auriane CALAMBE, Irma DA, Augustin MICHAELY et Baptiste ZAMARON | jeudi 2 mars 2017

b_1_q_0_p_0Le porte-à-porte, nouvel étendard de celles et ceux qui souhaitent faire de la politique autrement ? « Nouveauté », « révolution », « incontournable », les adjectifs faisant l’éloge du porte-à-porte sont de plus en plus nombreux dans la presse et dans les communiqués produits par les politiques. Bien qu’il s’agisse d’une opération de terrain ancienne, elle réapparaît sur le devant de la scène du militantisme politique grâce à l’utilisation d’outils numériques. Cette « nouvelle ère numérique » soulève un questionnement sur une potentielle refonte des techniques et des usages du porte-à-porte. L’ouvrage Porte-à-porte : reconquérir la démocratie sur le terrain se présente comme un plaidoyer pour cette technique. En effet, les trois auteurs – Guillaume Liegey, Arthur Muller et Vincent Pons – font état de l’efficacité et des avantages du porte-à-porte dans une campagne électorale. Ancré dans l’actualité électorale, l’ouvrage des trois auteurs connait un regain d’intérêt, en partie dû à la Grande Marche d’Emmanuel Macron. Lire la suite