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« I can’t breathe » : les réseaux sociaux, terrain des mobilisations contre la répression policière

Deux visages de la répression policières, George Floyd et Adama Traoré. Aux États-Unis et en France, la mort de ces deux hommes a suscité d’importantes mobilisations. (© fresque contre le racisme et les violences policière, Stains/DR/Twitter)

« I can’t breathe. Don’t kill me. » Le 25 mai 2020 à Minneapolis, George Floyd, un afro-américain de 46 ans, est tué lors d’un contrôle de police[1]. Ces quelques mots, qui font rapidement le tour du monde, ravivent le débat sur les violences policières contre les minorités ethniques aux États-Unis[2]. Avant George Floyd, d’autres victimes de cette répression comme Eric Garner ou Michael Brown, les avaient déjà prononcés. Ils deviennent un symbole universel de ralliement pour celles et ceux confrontés à la normalisation des violences policières et à la militarisation des forces de l’ordre[3].

Aux Etats-Unis, la communauté afro-américaine se mobilise pour faire changer le regard des hautes institutions politiques et judiciaires. Au cœur de cette mobilisation, le mouvement bien connu Black Lives Matter (BLM). La création de BLM, en 2013, coïncide avec la volonté des militants de lutter contre le racisme structurel de la société américaine[4]. Une étude de l’Académie des Sciences Américaines montre que sur la période de 2013 à 2018, les hommes noirs ont 2,5 fois plus de risques d’êtres tués par la police que les hommes blancs[5]. Un constat partagé par Alicia Garcia, fondatrice du mouvement BLM. Elle relève que la majorité des personnes noires tuées par la police étasunienne sont des jeunes hommes âgés entre 18 et 35 ans [6].

En médiatisant son combat, BLM veut protéger l’intégrité physique et morale de cette communauté devenue la cible privilégiée des violences policières[7]. Mais après la diffusion massive de la vidéo de son arrestation sur les réseaux sociaux, George Floyd devient rapidement un nouveau symbole de cette lutte au retentissement mondial[8]. La lutte trouve un écho particulier en France où la question des violences policières à caractère raciste est inscrite à l’agenda politique et médiatique. Le comité ‘’La vérité pour Adama’’, créé en 2016 par Assa Traoré à la suite du décès de son frère au cours d’une interpellation[9], saisit l’occasion pour relancer la mobilisation en France.

Le traitement des mobilisations contre la violence policière par les médias nationaux donne toutefois une impression de confusion : le cadrage journalistique porte davantage sur les faits de violence lors des mobilisations, que sur les enjeux et les revendications qu’elles portent. Dans cette conjoncture défavorable, le besoin pour les militants de réaffirmer les objectifs de leur lutte est primordial. Mais comment le faire avec le peu de moyens matériels et symboliques dont ils disposent ? Ces groupes faiblement dotés en capital médiatique et politique peuvent-ils trouver dans les réseaux sociaux un moyen de reconquérir une autonomie médiatique et militante ? Dans quelle mesure les réseaux sociaux ont-ils été la clef de voûte du processus de transnationalisation des actions collectives contre les violences policières à caractère raciste ?


La transnationalisation des luttes contre les violences policières à caractère raciste

Né aux Etats-Unis (EU), Le mouvement BLM s’est diffusé outre Atlantique et dans le monde, notamment en France. Pour assurer sa diffusion, le mouvement a mobilisé un ‘’répertoire d’action transnational’’[10]. Un des éléments clés de ce répertoire sont les slogans globaux créés puis repris par les adhérents à la cause, comme ‘’Black Lives Matter’’ ou encore ‘’Black Out Tuesday’’. Comment des mobilisations aux EU ont-elles pu avoir autant de retentissement en France, alors même que leur « texte » circule hors de son « contexte » ? Lorsqu’un discours s’internationalise, il peut donner naissance à des discours relativement indépendants de leurs conditions sociales de production. D’après Marco Giugni ‘’la globalisation provoque la ressemblance des mouvements entre les pays, car elle contribue d’une part à créer des opportunités transnationales, d’autre part à former des affinités structurelles dans différents pays, enfin à faciliter les processus de diffusion’’[11].

Toutefois, les acteurs qui participent de l’internationalisation du mouvement BLM font partie de mobilisations transnationales à faibles ressources, que ce soit en termes de capital médiatique, économique, ou social[12]. Comme le remarque Loïc Wacquant à propos des habitants des ghettos[13], on peut dire qu’ils ne « manquent » pas réellement de capitaux, mais que ces derniers, cultivés au sein de leur communauté, ne sont pas reconnus comme ayant de la valeur par les classes dominantes. C’est pourquoi les réseaux sociaux peuvent, en raison de leurs faibles coûts et de leur instantanéité, favoriser la diffusion internationale des mots d’ordre du mouvement. Ainsi, les militants BLM ont exprimé leur engagement par des message sur Instagram. Une militante française explique dans une interview comment ce réseau social lui permet de s’exprimer librement en tant que femme noire sur les sujets qu’elle souhaite : ‘’les gens s’emparent du sujet et ont moins peur d’en parler qu’avant. Il y a deux ans, je n’aurais jamais pensé que je serais aussi écoutée’’[14].

Manifestation Black Lives Matter, à New-York, en septembre 2020 (© Nicolas Miller /Instagram @nickmillers)

Reconquérir l’autonomie médiatique par les réseaux sociaux

Alors que la mobilisation citoyenne autour du mouvement BLM prend une ampleur considérable[15], les médias dominants se concentrent sur la violence de ce mouvement et ses supposées dérives sectaires. Comment expliquer le peu d’importance accordée par les journalistes de grands médias à ce mouvement social ? Le sociologue Erik Neveu prend l’exemple de ‘’la lente et difficile prise en compte des revendications et mobilisations écologistes par la presse[16]’’dans les années 1970-1980 :  il explique ce phénomène par la longue absence, au sein des services de presse, de journalistes spécialisés sur les questions environnementales. Un autre aspect concerne la sociologie des journalistes : les rédactions des organes de presses dominants sont souvent composées de personnes blanches, aux capitaux culturels (diplômes) et économiques (salaires) importants, peu disposés socialement à éprouver de l’empathie vis-à-vis des victimes de violences policières issues des classes populaires.  L’exemple du collectif ActUp Paris, étudié par Dominique Marchetti, ouvre une autre piste d’interprétation. Il montre que les médias traditionnels privilégient un certain casting correspondant à leur ligne éditoriale et aux attentes de leur lectorat et préfèrent mettre en avant un profil ‘’jeune, [au] capital physique élevé, [habitué à] parler en public[17].’’ L’utilisation des réseaux est un moyen, pour les personnes sensibles à une cause, de la défendre et pour certaines d’être consacrées en porte-paroles, en limitant leur dépendance à ces gatekeepers de l’information et des points de vue légitimes que sont les journalistes.

Erik Neveu analyse la stratégie d’adaptation des militants aux logiques du monde médiatique comme d’une ‘’course aux armements symboliques [18].’’ Cette course est repérable dans les médiatisations du mouvement BLM, avec l’importance de symboles forts comme le poing levé, le genou à terre ou les slogans [19]. Cette connaissance pratique des enjeux symboliques de la lutte, qui mériterait en elle-même une étude approfondie pour en comprendre la genèse et les conditions sociales de possibilité, permet de faire l’économie d’un appel aux grands médias : un carré noir sur Instagram peut suffire pour faire passer un message de grande envergure[20]. Comme l’écrit Sylvie Laurent, ‘’la nouvelle génération de militants de la cause raciale maîtrise les réseaux sociaux. C’est le bon moyen de contrecarrer la violence matérielle des policiers. L’arme des activistes est le téléphone portable, il permet de filmer et de mettre en ligne rapidement et/ou en direct, les scènes de mise à mort des jeunes noirs désarmés. [..] Il faut contrecarrer la machine médiatique.[21]’’ L’usage des caméras pour documenter les violations des droits n’est pas nouveau[22]. Ce qui l’est en revanche c’est la rapidité et l’ampleur de la diffusion permises par les réseaux sociaux.

Les militants BLM utilisent les réseaux sociaux pour se faire entendre car ils “négocient les contraintes [23]” d’un espace d’expression ouvert et sécurisant, permettant une expression libre de leurs revendications. Internet et plus précisément ici, les réseaux sociaux, permettent à la fois “une possibilité de coordination” grâce à un “caractère international de l’outil[24]” mais également l’institution d’un espace public en permettant d’avoir une capacité de diffusion de l’information. En agissant via les réseaux sociaux, les militants BLM aux États-Unis ont organisé des rassemblements notamment à Minneapolis, à New-York, Los Angeles ou à Houston dès fin mai. Ils ont relayé l’affaire grâce aux partages de différentes publications, vidéos, photos, témoignages. Les personnes se sentant concernées ou indignées par l’affaire George Floyd a pu apporter son soutien (partage de la vidéo du meurtre, carré noir sur Instagram le 2 juin, etc.), discuter et informer de la répression policière à l’encontre des afro-américains. Généralement, les personnes les plus concernées et touchées par l’affaire sont des afro-américains qui expriment un « ras-le-bol » général sur les réseaux sociaux incitant tous individus à s’indigner et se révolter contre le racisme et les violences policières.  Pour Sylvie Laurent, ‘’l’hashtag BLM est un cri de ralliement contre le racisme structurel de la société étatsunienne’’.

Certaines frontières traditionnelles de l’information ayant été brisées avec les réseaux sociaux, tous les contenus américains postés ont pu être vus et mondialement relayés en quelques clics. L’information ne se limitant pas qu’à un seul pays, les réseaux sociaux permettent de réagir en un clic à l’actualité de chaque pays même si on ne parle pas la langue (possibilité de traduire instantanément) ou qu’on soit dans un autre pays. Pour Patrick Flichy[25], l’interconnexion d’énergies militantes au-delà des frontières permet la coordination de rassemblements divers[26]. En France, c’est cette interconnexion franco-américaine d’énergies militantes qui a permis au collectif « Justice pour Adama » de remettre à l’agenda politique l’affaire Adama Traoré. Enfin, la médiatisation militante sur les réseaux sociaux pérennise le débat, à l’image de l’hashtag #mylifestillmatters.

Les posts et hashtags combinent ‘’les vertus de l’éducation populaire’’[27] avec pour but de doter les lecteurs et utilisateurs de capitaux politiques et militants. Via les réseaux sociaux, les militants peuvent partager des informations à vertus éducatives. Avec cette limite que ceux et celles qui lisent et fournissent des témoignages sont généralement dotés de ressources politiques et militantes à faible rendement au-delà des groupes de pairs.

L’affaire « I can’t breathe » constitue un cas révélateur du fonctionnement des champs journalistique et politique. Au-delà de son internationalisation permise notamment par l’utilisation des réseaux sociaux, un mouvement propulsé par des groupes à faible ressources a su se pérenniser. Il a rallié nombre de sympathisants et de donateurs permettant aujourd’hui sa diffusion en ligne et hors ligne. L’expression ‘’Je ne peux plus respirer’’ a cristallisé en France des revendications sociales allant même jusqu’à une réappropriation du slogan par les mouvements des quartiers populaires et écologistes, dans le contexte du confinement lié à l’épidémie de Covid-19.

Iman DA CRUZ, Kristian DANEVSKI, Charles DARTOUT, Alma DAUPHIN, Salomé DELHOM, Clara DELMOTE et Maxime COUPEAU

(promo 2020-2021)


[1] HILL Evan, TIEFENTHÄLER Ainara, TRIEBERT Christiaan, JORDAN Drew, WILLIS Haley and STEIN Robin, “How George Floyd Was Killed in Police Custody”, The New York Times, 31 mai 2020, https://nyti.ms/3jw10tn  (consulté le 2 octobre 2020).

[2] « Indignation aux États-Unis après la mort d’un homme noir lors de son interpellation, » Le Figaro avec AFP, 27 mai 2020,  https://bit.ly/3jIOM0J  (consulté le 02 octobre 2020).  

[3] YEE Vivian, “‘I Can’t Breathe’ Is Echoed in Voices of Fury and Despair”, The New York Times, 03 décembre 2014, https://nyti.ms/33K7IX0 (consulté le 09 octobre 2020).

[4] RECOQUILLON Charlotte, « Se protéger de la police aux États-Unis : Pratiques militantes du mouvement Black Lives Matter », Mouvements, 2017, https://bit.ly/2HP4id6 (consulté le 02 octobre 2020).

[5] EDWARDS Franck, LEE Hedwig, ESPOSITO Michael, “Risk of being killed by police use of force in the United States by age, race–ethnicity, and sex”, Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), 20 août 2019, https://bit.ly/3nykMH5 (consulté le 09 octobre 2020).

[6] RECOQUILLON Charlotte, « Se protéger de la police aux États-Unis… », op. cit..

[7] LAURENT Sylvie, « Black Lives Matter, le renouveau militant », Manière de voir/Le Monde Diplomatique, 2016, https://bit.ly/3it4A67 (consulté le 02 octobre 2020). 

[8] KOKOREFF Michel, « Sous les pavés, la rage » : regards ethnographiques sur la séquence contestataire de 2016-2020, Sociologie, 2020/3 https://www-cairn-info.ezproxy.u-pec.fr/revue-sociologie-2020-3-page-315.htm

[9] LEMAIRE Frédéric, PERRENOT Pauline, « ‘’Justice pour Adama’’ journalisme de préfecture au 20h », Acrimed, 18 juin 2020, https://www.acrimed.org/Justice-pour-Adama-journalisme-de-prefecture-au

[10] COHEN R., RAI S. (dir.) (2000), Global Social Movements, The Athlone Press Co, Londres.

[11] SIMEANT Johana (2010). 6. La transnationalisation de l’action collective. Dans : Éric Agrikoliansky éd., Penser les mouvements sociaux: Conflits sociaux et contestations dans les sociétés contemporaines (pp. 121-144). Paris: La Découverte.

[12] Pour Anne-Catherine Wagner, il est plus facile pour les membres des classes privilégiées de réinvestir à l’international un capital symbolique accumulé dans l’espace national, que pour les membres de classes dominées, en raison du fait que ces dernières disposent le plus souvent de faibles capitaux (économiques, sociaux, culturels) qui de surcroit n’ont en général de valeur que dans des réseaux d’échanges fortement localisés. (Wagner 2007 , 43)

[13] WACQUANT, Loïc. « Les deux visages du ghetto. Construire un concept sociologique », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. no 160, no. 5, 2005, pp. 4-21.

[14] Kloetzli Sophie. « Sur Instagram, la nouvelle génération de militant.e.s mène le combat antiraciste », Cheek magazine. 15 septembre 2020, https://cheekmagazine.fr/societe/instagram-nouvelle-generation-militantes-combat-anti-raciste/ (consulté le 04 octobre 2020)

[15] 6000 personnes étaient réunies le 8 juin devant l’Église Fountain of Praise à Houston, pour se recueillir auprès du cercueil de Georges Floyd. Des manifestations ont eu lieu dans de nombreux pays au cours du mois de juin.

[16] 6000 personnes étaient réunies le 8 juin devant l’Église Fountain of Praise à Houston, pour se recueillir auprès du cercueil de Georges Floyd. Des manifestations ont eu lieu dans de nombreux pays au cours du mois de juin.

[17] MEMMI Dominique (1998), « Le corps protestataire aujourd’hui : une économie de la menace et de la présence », Sociétés contemporaines, 31, p. 87-106.

[18] “Des dizaines de milliers d’utilisateurs à travers le monde ont suivi le mouvement. Parmi elles, les Français Marion Cotillard et Omar Sy” – RT France : https://francais.rt.com/international/75585-blackouttuesday-milliers-carres-noirs-sur-instagram-denoncer-injustice-raciale

[19] MEMMI Dominique (1998), « Le corps protestataire aujourd’hui… « , op. cit..

[20] “Des dizaines de milliers d’utilisateurs à travers le monde ont suivi le mouvement. Parmi elles, les Français Marion Cotillard et Omar Sy” – RT France : https://francais.rt.com/international/75585-blackouttuesday-milliers-carres-noirs-sur-instagram-denoncer-injustice-raciale

[21] On retrouve une tradition du vidéoactivisme dès le début des années 1990.

[22] On retrouve une tradition du vidéoactivisme dès le début des années 1990.

[23] NEVEU Erik, « Médias et protestations collectives », in Penser les mouvements sociaux. Conflits sociaux et contestations dans les sociétés contemporaines, Paris, La Découverte, 2010, p. 251

[24] Le rapport entre répertoire médiatique et internationalisation des luttes a déjà été étudié par Sylvie Ollitrault à propos des mobilisations écologistes Ollitrault Sylvie, « De la caméra à la pétition-web. Le répertoire médiatique des écologistes », Réseaux, n° 98, 1999, p. 153-185.

[25] Ibid.

[26] Ibid.

[27] Ibid.

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