Scénographies et espaces du pouvoir. La salle 401 au Louvre

Publié le mercredi - 25 juillet 2018

Dans le cadre de la formation en Master de Communication politique et publique, la promotion de master 2 doit organiser collectivement un événement qui marque la fin de ces deux années d’études. Cette année, la promotion 2018 a choisi de réaliser cet événement au Musée du Louvre. En effet, les étudiants trouvaient intéressant de pouvoir élaborer un projet en partenariat avec cette grande institution. De plus, l’exposition actuelle du Louvre intitulée « Théâtre du pouvoir » a attiré particulièrement notre attention et nous avons eu l’idée d’élaborer une manifestation autour de la représentation et de la mise en scène du pouvoir. Nous souhaitions faire une visite guidée, non pas sur cette exposition, mais avec plusieurs tableaux choisis dans tout le musée et par la suite, une table ronde d’experts pour discuter de la médiatisation du pouvoir. Le partenariat obtenu avec le musée, il était temps de se mettre au travail.

Pour ce faire, nous avons travaillé collectivement pendant plusieurs mois et nous nous sommes réparti le travail en groupes pour plus d’efficacité : le groupe “œuvres” en charge du choix des œuvres et de l’organisation du parcours commenté, le groupe “table ronde” en charge de trouver des intervenants et du contenu de la table ronde et pour finir, le groupe “pilotage” en charge de la communication et de la logistique. Le tout aidé et supervisé par notre professeure et directrice de Master, Madame Oger. Outre l’article paru dans The Conversation, voici un compte-rendu de cette manifestation.

bandeau promotionnel de l'événement

Après ces semaines de travail, le 29 juin, nous étions prêts à recevoir nos invité.e.s au musée du Louvre.

La visite commentée

Dans la première partie de l’après-midi, nous avons organisé deux visites autour des œuvres sélectionnées, l’une commençant à 14h00 avec comme médiateurs Nicolas Léger et Camille Louradour et l’autre à 14h45 avec Pauline Courbé Dubost et Marion Jaille. La visite avait pour thématique les représentations du pouvoir dans la peinture.

Musée du Louvre, 29 juin 2018, devant les tableaux de Claude Gellée (photo Sara Natij)

Musée du Louvre, 29 juin 2018, devant les tableaux de Claude Gellée (photo Sara Natij)

Durant ces mois de préparation, nous avions fait plusieurs visites au Louvre afin de choisir les différentes œuvres qui pouvaient répondre au sujet de notre visite, c’est-à-dire qui mettaient en scène les figures et lieux de pouvoir. Notre intérêt s’est porté, dans un premier temps, sur la peinture du XVIe jusqu’au XIXe siècle. Nous avons sélectionné plusieurs œuvres et commencé notre visite dans la salle dite des “grands tableaux” avec “Le sacre de Napoléon” de Jacques-Louis David, œuvre riche en symboles et ressources communicationnelles sur la représentation des pouvoirs religieux et politique, ou encore « La mort de Sardanapale » d’Eugène Delacroix, parfait exemple pour relier l’orientalisme à l’idée de pouvoir. Lors de la visite, nous avions également à cœur de présenter le Palais du Louvre comme lieu d’expression et de mise en scène du pouvoir à part entière en passant par la Galerie d’Apollon, les appartements d’Henri II et la salle des Bronzes, ce qui constitue un véritable lieu de représentation du pouvoir royal.

Nous avons fini ce parcours commenté par quatre tableaux de Claude Gellée, où la construction du lieu devient le cœur de la représentation du pouvoir et où le « décor » ainsi construit en vient à prendre le pas sur la représentation des figures, puis terminé par la Galerie Médicis, une suite de vingt-quatre tableaux peint par Rubens, mettant en scène la gloire et le pouvoir de la régente. Un article du blog est plus particulièrement consacré à cette visite.

Nous retiendrons de cette visite, que l’art, particulièrement la peinture, a toujours noué des liens étroits avec le pouvoir politique, et en particulier la façon dont il a pu se faire l’instrument du pouvoir, mis en scène de différentes façons tant à travers les personnages qu’à travers les lieux eux-mêmes. Les tableaux choisis font notamment apparaître le souci de se légitimer en tant que figure du pouvoir à part entière.

La table ronde

À la suite des deux riches parcours, à travers les tableaux du musée du Louvre, l’événement s’est poursuivi autour d’une table ronde constituée d’intervenants experts et professionnels. Le thème était « Espaces et scénographies de la médiatisation du pouvoir ». La discussion de cette table ronde s’est focalisée sur la symbolique des lieux, mais cette fois-ci sous un prisme plus contemporain.

Musée du Louvre, 29 juin 2018, table-ronde (photo Sara Natij)

Musée du Louvre, 29 juin 2018, table-ronde (photo Sara Natij)

 

Tout d’abord, le Musée et le Palais même du Louvre sont riches d’une longue histoire, notamment comme lieu de pouvoir, ce qui fait de cet endroit un choix des plus intéressants. L’actualité a permis aux étudiants de le démontrer grâce à la diffusion récente du clip de Beyoncé et Jay-Z, auquel les médias ont prêté un message politique très fort à travers la symbolique des œuvres choisies.

La table ronde s’est organisée autour de trois thématiques animées par Léa Petit et Julie El Mokrani Tomassone, et elle comptait six intervenants :

  • Antoine Brochard, architecte associé chez Abdpa et historien de l’architecture, qui a préparé une thèse intitulée : « Les lieux de pouvoir de la décentralisation de l’État français, représentations architecturales, discours politiques et enjeux urbains ».
  • Bruno Fuligni, écrivain et historien, auteur de plusieurs livres sur les députés à l’Assemblée nationale (La chambre ardente, CNRS éditions, 2017) et Les Quinze milles, députés d’hier et d’aujourd’hui, éditions Horay, 2006) et conseiller auprès du président de l’Assemblée Nationale.
  • Évelyne Cohen, professeure d’histoire et d’anthropologie culturelles à l’École nationale des sciences de l’information et des bibliothèques (ENSSIB-Université de Lyon) et le centre Gabriel Naudé.
  • Sébastien Calvet, responsable de la photographie aux « Jours », puis à Libération, il a notamment couvert les trois dernières campagnes présidentielles.
  • Maxime Taillebois, un ancien du Master, responsable de la communication numérique du ministère des Sports, anciennement community manager de l’Élysée sous la présidence de François Hollande.
  • Et enfin, Sophie Picot Bocquillon, responsable du centre de documentation du service Histoire du Louvre. Spécialiste de la sculpture du XIXesiècle, elle a soutenu une thèse intitulée “Francisque Duret (1804-1865), un sculpteur en représentation : processus de création et stratégies de carrière”. Elle a aussi contribué à la rédaction de l’ouvrage « L’histoire du Louvre ».

Les discussions ont commencé par un bref exposé de Sophie Picot Bocquillon autour du rôle de l’architecture et de la symbolique des ornements. Elle nous a expliqué la symbolique des initiales des rois sur les différentes façades des monuments parisiens, en particulier les façades du Louvre. La sculpture est souvent pérenne mais il est intéressant de voir qu’à chaque changement de régime, les initiales disparaissaient. La sculpture est un véritable outil de mise en scène du pouvoir, notamment au Louvre. Chaque souverain a essayé de continuer à l’utiliser pour légitimer son pouvoir à travers une sculpture sur la façade.

Ensuite, la table ronde a abordé le thème de la mise en scène dans les espaces institutionnels dédiés aux débats.

Selon Antoine Brochard, le bâtiment est déjà une forme de communication du pouvoir. Il prit l’exemple du Parlement d’Écosse qui est un bâtiment plutôt déstructuré, avec des formes très différentes. La raison donnée par les architectes est qu’ils souhaitent représenter les débats du Parlement et les diverses opinions qui pouvaient être discutées à travers l’architecture du bâtiment. C’est le même cas pour le conseil régional d’Auvergne qui est entièrement vitré, et dont on peut se demander si l’architecte ne voulait pas représenter la transparence politique et publique à travers cette architecture.

Monsieur Bruno Fuligni a détaillé l’exemple de l’Assemblée Nationale pour parler de la mise en scène dans les espaces de débats, mais il n’y a pas que les lieux qui mettent en scène le pouvoir, les députés le font aussi à titre individuel, et Bruno Fuligni nous a expliqué que certains députés, souhaitant exister dans l’hémicycle, avaient recours à des stratégies pour se mettre en valeur et se faire remarquer. Par exemple, ils portaient des vêtements particuliers ou se faisaient des moustaches extravagantes etc.

Enfin, la dernière thématique abordée a été celle du rôle de l’image dans la mise en scène du pouvoir. Nous avons donc demandé à Évelyne Cohen d’évoquer le rôle de la télévision dans la mise en scène des politiques. Il y a beaucoup de moments télévisuels représentatifs de la mise en scène du pouvoir et E. Cohen a commencé avec l’exemple de la présentation de la Constitution de la Ve République par le Général de Gaulle. L’organisation de cet événement était majeure pour assurer la théâtralisation du pouvoir. Aujourd’hui tous les événements politiques sont agencés pour passer au mieux à la télévision. C’est le cas de l’investiture d’Emmanuel Macron devant la pyramide du Louvre.

Ensuite Sébastien Calvet, ayant suivi les trois dernières élections présidentielles en tant que photographe pour Libération, nous a expliqué les coulisses de la mise en scène du pouvoir pendant ces différentes périodes électorales. Le plus important pour lui, c’est de contourner la fabrication de cette mise en scène du pouvoir, préparée par les communicants, afin de trouver la faille qui permettra de prendre la photo la plus décalée et la plus pertinente de la représentation du pouvoir.

Nous ne pouvions pas faire cette table ronde sans aborder la question du développement d’une stratégie numérique durant les campagnes électorales ou l’exercice du pouvoir. Elle est dorénavant centrale dans la communication politique. Notre invité, Monsieur Maxime Taillebois a d’abord résumé l’évolution de la parole présidentielle entre les périodes Mitterrand/Chirac puis Sarkozy/Hollande. Ensuite, il a expliqué la place nécessaire d’une parole présidentielle “numérique” à l’heure des réseaux sociaux et des chaînes d’information en continu. “Elle permet de toucher des publics spécifiques, d’être là où le débat est présent, mais aussi d’être en capacité de contourner les médias traditionnels afin de s’adresser directement aux citoyens. Utiliser le numérique dans la prise de parole présidentielle permet de créer une proximité avec les citoyens.” On comprend que cet outil numérique permet surtout au Président de la république d’imposer son agenda politique et médiatique. Il est également en constante expérimentation. En effet, Monsieur Taillebois nous explique que le département de communication de l’Élysée a souhaité utiliser l’outil de diffusion “Périscope” lors d’une visite de François Hollande. L’ancien Président de la République rendait visite à l’entreprise Showroom Privé. La rencontre avec les salariés se déroulait sans accrocs, mais la diffusion de la séquence a, elle, été prise d’assaut par des internautes mécontents qui ont déversé un torrent de critiques et même d’insultes à l’attention de François Hollande. Cet exemple nous démontre comment l’expérimentation du numérique en matière de communication politique est permanente, mais surtout comment se doit de trouver un équilibre avec la communication traditionnelle toujours présente.

invités et organisateurs (photo Sara Natij)

invités et organisateurs (photo Sara Natij)

Cette journée s’est terminée à la brasserie “Le Comptoir des Frangins” où les invité.e.s, les intervenant.e.s et le corps enseignant étaient conviés. Entourés d’une cinquantaine de personnes, nous avons trinqué à la réussite de cet événement et à la fin de cette année scolaire. La promotion a tenu à remercier la directrice du Master Madame Claire Oger en lui offrant un joli bouquet de fleurs et en lui dédicaçant l’affiche de l’événement. De toute évidence, ce projet fut enrichissant pour les étudiants tant sur le plan professionnel que personnel. Nous remercions encore une fois toutes les personnes qui ont participé à sa réussite.

Au Comptoir des frangins après la rencontre (photo Sara Natij)

Au Comptoir des frangins après la rencontre (photo Sara Natij)

Marion Jaille, Rony Chanin et Caroline Com