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Faut-il des communicants pour gérer le compte Twitter des politiques ?

Publié le mardi - 24 avril 2012

Twitter, créé en 2006 par l’américain Jack Dorsey, compte aujourd’hui 5,2 millions d’utilisateurs en France (Étude Semiocast, janvier 2012). En matière de communication politique ce réseau social marque un nouveau tournant. En effet une majorité des hommes politiques français à l’échelle nationale possèdent un compte Twitter, une innovation en matière de communication politique.

Dans ce réseau social  permettant un dialogue direct avec les internautes, la place des communicants est-elle nécessaire?

Dans le contexte électoral actuel il est intéressant de distinguer deux pratiques de Twitter par les politiques français: avec ou sans les communicants; même si on ne sait pas toujours si le tweet est validé systématiquement par le politique ou si le communicant a toute latitude pour tweeter au nom de celui-ci.

Twitter est arrivé dans le paysage politique français sous l’influence de la campagne américaine de Barack Obama en 2008. Les politiques ont eu le temps de «se roder» à la pratique de ce nouvel instrument. Concernant les comptes gérés par des communicants, ce sont eux qui rédigent leur tweets et qui retweetent.

La gestion par un communicant d’un compte Twitter « politique » présente divers avantages et inconvénients. Le premier avantage est que le tweet étant rédigé par un professionnel de la communication, il est généralement maîtrisé ce qui évite ainsi des dérapages. Le deuxième avantage est le live-tweet qui  consiste à commenter, suivre en direct un événement via Twitter. Lors de meetings ou d’émissions à la télévision ou à la radio, les communicants peuvent tweeter les phrases clés du discours de l’homme politique. Une telle pratique est sans doute fondée sur l’idée d’un élargissement de l’audience du message de l’homme politique, les tweets rendant compte d’un meeting par exemple pouvant être repris tels quels ou brièvement commentés par une multitude d’individus.

Un dernier avantage tout aussi important est le fait que le communicant peut effectuer une veille, en consultant des hashtags notamment, pour appréhender la manière dont tel ou tel responsable politique est perçu.

Cependant cette utilisation du réseau social présente plusieurs inconvénients.

Tout d’abord, et évidemment, l’interaction entre les internautes et l’homme politique n’est pas directe, l’intérêt même du réseau social est donc relativisé. Cependant, pour l’homme politique il reste intéressant d’avoir un compte Twitter, afin d’augmenter sa visibilité médiatique et de faire connaître et passer ses idées. De plus, Il est intéressant de préciser que parmi les followers des comptes officiels des hommes politiques se trouvent beaucoup de journalistes pour lesquels l’interaction directe avec le politique n’est pas la préoccupation première. La gestion du compte twitter, dans un univers politique de plus en plus professionnalisé, s’apparente alors à des relations publiques.

Toutefois, le manque «d’authenticité», le manque de tweets personnels face à une majorité de tweets d’annonce, peuvent ennuyer et désintéresser les internautes.  C’est peut-être pour pallier à ce manque « d’authenticité » que les hommes politiques interviennent ponctuellement sur leur compte officiel géré par les communicants, en tweetant eux-mêmes. Ainsi Nicolas Sarkozy sur son compte Twitter, signe de ses initiales «NS» lorsqu’il est l’auteur de ses propres tweets, (allant même jusqu’à laisser sa femme utiliser son compte) comme le faisait Barack Obama avant de révéler un an après sa campagne: «I have never used Twitter».

Un autre inconvénient, est le fait que le politique ait moins de contrôle sur ce qui peut être dit sur le réseau social. Bien que son communicant soit une personne ayant toute sa confiance, la personnalité politique ne peut contrôler chaque tweet que son communicant va écrire, et encore moins la manière dont ses followers vont se l’approprier, le reprendre ou le détourner.

Par ailleurs, plusieurs personnalités politiques sont reconnues pour leurs tweets personnels, comme Nadine Morano, Cecile Duflot et Eric Besson.

Cette pratique permet de les suivre à travers des tweets moins «lisses», jouissant d’une plus grande liberté. Twitter est marqué par l’instantanéité, on tweet plusieurs fois dans la journée, autant que l’on veut. C’est cette forme de facilité qui piège souvent les politiques. Certes, ces comptes permettent un échange direct avec les citoyens, qui peut donner le sentiment d’une plus grande proximité et où les politiques se montrent davantage humains, avec leurs propres réactions, leurs propres sentiments. Mais cette pratique de Twitter présente certains inconvénients.

En effet, Twitter donne souvent lieu à des règlements de comptes et dérives en tout genre. Les politiques peuvent échapper à la tenue qu’exige leur rôle. Si Tweeter permet de connaître les politiques sous un angle plus direct, plus proche, paraître trop familier pourrait les décrédibiliser dans leur aptitude à gérer leur  fonction. Par exemple, Cécile Duflot, à l’occasion d’un échange houleux, qualifia un journaliste de « connard » en février dernier. Aux dérives en tout genre, s’ajoutent les simples maladresses. Nous pouvons prendre l’exemple d’Eric Besson, qui a tweeté par erreur en octobre dernier un message personnel à ses 14 000 abonnés  : «« Quand je rentre je me couche. Trop épuisé. Avec toi? ». Cette erreur de la part du ministre chargé  de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique avait fait l’objet de nombreuses railleries dans la twittosphère.

Les tweets qui ne sont pas gérés par des professionnels de la communication peuvent aussi s’avérer contre-productifs du point de vue d’une stratégie électorale. L’exemple récent le plus marquant est ainsi Nadine Morano, très active  sur Tweeter,  qui a retweeté une vidéo contre François Hollande  qui incitait à voter Marine Le Pen. Bien que ce tweet fût rapidement effacé les internautes ont eu le temps de le repérer et de le dénoncer. Nous pouvons également évoquer les personnalités politiques qui alternent entre tweets d’ordre public et privé. Ainsi Nadine Morano, raconte en détail son réveillon sur Twitter avec pas moins de 200 tweets en 48h. Si cette pratique contribue à donner une image plus proche et sympathique du politique, sa parole peut être décrédibilisée, notamment sur des sujets plus importants. Précédemment nous parlions de veille sur Twitter par les communicants, ce procédé peut également faire polémique. En effet, François Fillon, Premier ministre a ouvert un compte, vite découvert, sous le pseudonyme de @fdebeauce afin « d’espionner » ou d’observer des journalistes et ministres français, par lui-même ou par un tiers.

De manière plus globale, nous pouvons également considérer que les tweets politiques peuvent perturber les modalités de diffusion de l’information tel qu’il a prévalu jusqu’alors. En effet, les propos vont être adressés directement au public, puis être repris par les journalistes. Les médias diffusés n’arrivent donc qu’en seconde position. Ceci illustre bien la fracture déjà existante  entre les médias dits  « traditionnels » et Internet.  Via Twitter, les hommes politiques offrent de l’information à toute heure sans contraintes d’horaires ou de coûts.

Twitter  est un outil important de communication, cependant les dérapages et les erreurs arrivent vite.

En tant qu’outil de communication politique, Twitter est-il vraiment amené à perdurer ? N’est-ce pas un simple effet de buzz, qui sera oublié par la suite comme par exemple Second Life en 2007 qui avait pourtant fait la Une de Libération et qui est aujourd’hui tout simplement  abandonné ?

Cela paraît peu probable, Twitter semble être devenu un obligatoire de la panoplie d’outils mobilisés par les politiques et pour lequel l’une des difficultés, pour le communicant comme pour l’homme politique, consiste à associer une certaine personnalisation des messages à la maîtrise d’une image.

Solène Juredieu, étudiante en Master 1 Communication politique et publique en France et en Europe, UPEC.