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Europe, nous as-tu vraiment entendus ?

Publié le lundi - 5 mai 2014

C’est au milieu des studios de télévision des docks de Paris, en plein cœur de la Seine-Saint-Denis, que la Commission européenne donne rendez-vous, dans le dock Eiffel le 27 février dernier. L’invitation s’inscrit dans l’année du citoyen lancée par l’institution sur l’année 2013. Dans ce cadre, la Représentation de la Commission européenne en France organise un grand débat autour de la question « Europe, tu m’entends ? ». Trois thèmes sont au programme : la réponse européenne à la crise européenne, les droits des citoyens européens et l’avenir de l’Europe.  Si la volonté de débat citoyen est louable, le public semble peu nombreux à connaître la tenue de cet événement. Seule l’affiche ci-dessus peut être vue comme un élément de la promotion. Elle traduit la place donnée au citoyen dans ce débat et sa construction au fil du temps. La Représentation de la Commission européenne s’est en effet déplacée plus tôt dans le mois de février 2014, à neuf reprises, auprès des Français lors de rendez-vous organisés dans des endroits aussi divers que les Restaurants du Cœur de Montreuil (le jeudi 6 février 2014), la place de la République à Paris (le vendredi 7 février 2014) ou encore le marché aux puces de Saint-Ouen (le dimanche 9 février 2014). 415 citoyens ont eu la possibilité d’afficher leurs questionnements, leurs craintes, leurs espoirs concernant l’Union européenne sur ces panneaux à propos des thèmes précédemment énoncés. Le débat de ce 27 février est donc l’aboutissement d’une longue opération de la Commission européenne et de sa Représentation en France. Cependant, les craintes sur le manque de communication autour de l’ensemble de ces dates s’envolent rapidement en entrant dans la salle. Armées d’un sac orange rempli de « cadeaux » de la Commission et d’un boîtier de « vote » qui permet de répondre par « Oui » ou « Non » aux questions posées sur grand écran au cours de la soirée, les quelques deux cent personnes présentes se répartissent sur les sièges disposés tout autour d’une scène centrale. Chaque personne a la possibilité de s’adresser directement aux deux intervenants qui arrivent sur cette scène. Un système de question-réponse simple est à la base de l’organisation. Ces deux cents personnes se lèvent comme un seul homme au moment de l’entrée des deux intervenants de la soirée : Michel Barnier et Thierry Repentin.

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Une volonté de débat et d’écoute

Faut-il vraiment présenter Michel Barnier ? Ministre délégué aux Affaires Européennes entre 1993 et 1995, Commissaire européen de 1999 à 2004, ministre des Affaires étrangères de 1994 à 1995 puis à nouveau Commissaire européen depuis 2010, le Savoyard de 63 ans, membre de l’UMP, est l’un des Français qui connaît le mieux la question de l’Union européenne. A la Commission européenne, il est en charge du marché intérieur et des services. Pour l’épauler, c’est Thierry Repentin, le ministre délégué auprès du ministère des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes qui porte la voix du gouvernement. L’épauler est la juste expression. Tout au long de la soirée, Michel Barnier mène le débat avec des réponses longues, complètes et fermes, reléguant son partenaire du jour au second plan. Il prend le temps de répondre avec force et persuasion aux nombreuses questions et autres remarques faites par les citoyens présents.

                  Le Commissaire français est venu pour faire passer son message qui est clair, précis et exprimé haut et fort à plusieurs reprises : « Ne demandez pas à Bruxelles de s’occuper de tout ». Pédagogue, Michel Barnier n’hésite pas à reprendre les intervenants comme ce jeune étudiant, militant UMP qui se permet de le tutoyer ou encore l’animateur du débat, Julien Roirant, spécialiste de la communication institutionnelle, pas assez attentif sur une des réponses. M.Barnier est ferme face aux questions des participants qui amènent dans le débat des thèmes différant du programme initial. A ses côtés, Thierry Repentin tente également d’apporter son message, différent de celui du Commissaire français. Moins de fermeté dans le discours du ministre mais une logique de dialogue très forte, une volonté de faire comprendre aux citoyens que l’Europe veut les entendre et les écouter.

                  En effet, si une chose ne peut être contestée, c’est la volonté de la Commission européenne de se montrer à l’écoute. M.Barnier et T.Repentin sont face à des citoyens venant de tous horizons comme cette personne en charge des questions financières au Secours Catholique, ce Franco-britannique venu exprimer ses doutes sur la politique menée par les institutions européennes ou encore cet « Eurolucide », revendiqué, qui prône la sortie de la France de l’UE. Chaque question posée par les personnes présentes, représentant une association, un syndicat, ou tout simplement venues de leur plein gré pour interpeller et entendre le Commissaire européen et le ministre français trouve sa réponse. De plus l’organisation se veut moderne. Sur les écrans, des questions sont posées entre les thèmes afin que toutes les personnes présentes puissent donner leur avis via le boîtier qui leur a été confié dès leur entrée dans la salle. Dans cette logique de modernité, des tweets défilent tout au long du débat sur ces mêmes écrans. Par des idées, des encouragements ou des critiques acerbes, les personnes ne s’étant pas déplacées font entendre leur voix. Certaines des questions posées sur le réseau social numérique sont reprises dans le débat pour lui donner une plus grande portée. Ce sont surtout des jeunes qui interagissent grâce à cet outil, s’inquiétant de leur avenir.

                  La Commission européenne met les moyens pour montrer aux citoyens qu’elle est là pour eux et avec eux. Personnalités présentes, questions générales, libre parole, modernité, tout est là. Mais que faut-il retenir d’un pareil événement ?

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Débat véritable ou « bureau des plaintes » ?

A la question de savoir si cette initiative de la Commission Européenne est efficace pour rapprocher les citoyens européens des institutions de l’Union, la réponse apparaît mitigée. En effet, dans un premier temps on peut déplorer un manque d’information évident quant à l’évènement. Seules 200 à 300 personnes se sont déplacées ce jour du fait d’une communication très faible autour du débat donnant l’impression que c’est au participant d’aller chercher l’information et non pas la Commission qui vient chercher les participants potentiels.

Au-delà de l’affluence, la notion même de débat est à remettre en cause. Il ne s’agit pas en effet d’un réel échange entre citoyens intégrant les invités mais plutôt d’un dispositif de questions adressées aux deux politiciens. Conséquence de cette formule, le débat s’assimile bien plus à un « bureau des plaintes » où des représentants d’associations viennent défendre leurs intérêts devant des représentants de l’Union Européenne. C’est ainsi qu’un membre de syndicat ouvrier vient interpeller Michel Barnier et Thierry Repentin sur le droit des travailleurs, qu’un défenseur des droits de l’Homme vient interroger M. Barnier sur la volonté d’exporter la paix hors de l’Europe ou encore qu’une jeune journaliste alsacienne vient demander que le siège du Parlement Européen reste basé à Strasbourg.

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Parmi les enseignements de cette soirée on peut noter qu’elle est très utile afin de comprendre la position de la Commission Européenne et en particulier celle du Commissaire Barnier sur ce que doit être l’Europe de demain et la façon dont elle doit évoluer. Michel Barnier s’affiche ainsi comme un partisan d’une Union Européenne délimitée dans des domaines de compétences et servant essentiellement les intérêts économiques européens avec cette idée que l’on est meilleur ensemble que séparément. Il s’avère être très loin du souhait fédéral que plaide une partie des politiciens européen – dans le cadre notamment du Groupe du futur – préférant la souveraineté nationale à la supranationalité totale.

Enfin cette rencontre s’avère surprenante puisqu’alors que nous sommes à quelques semaines seulement des élections européennes, jamais il n’a été question ce soir-là du Parlement Européen de quelque manière qu’il soit. Réelle volonté ou simple coïncidence ? Il semblerait que cet évènement organisé par la Représentation de la Commission Européenne en France illustre une communication européenne divisée dépendante de ses institutions et peinant à se globaliser pour offrir un message unique sur l’Union Européenne.

crédit photo: facebook.com/debateurope2014