Municipales 2014 : zoom sur la campagne de Nicolas Alix à Dammarie-les-Lys

Publié le mardi - 21 janvier 2014

Nicolas Alix, 35 ans, se présente en mars prochain aux élections municipales à Dammarie-les-Lys en Seine et Marne pour le Parti Socialiste. Dammarie-les-Lys est une commune de vingt mille habitants située dans l’aire urbaine de Melun et dans l’agglomération Melun Val de Seine (CAMVS). Face à M. Alix se dressera un adversaire de taille : Jean-Claude Mignon, 63 ans. Il est maire de la commune depuis 1983, député UMP de la première circonscription de Seine et Marne depuis 1993 et président de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe. Jean-Claude Mignon est sans conteste un maire à la légitimité totémique. Il est légitime en tant qu’il est devenu avec un le temps un emblème de la ville, une partie de son identité. Nicolas Alix se plie donc à une problématique majeure : comment affronter et battre un maire a priori inamovible ?

Gagner en notoriété

Nicolas Alix et son équipe ont lancé tôt, dès le mois de décembre, la campagne avec pour but avoué de se faire connaître auprès de la population dammarienne et prouver qu’il existait une alternative personnalisée à Jean-Claude Mignon. L’idée est de rompre avec les élections précédentes où le parti socialiste s’était présenté au sein d’un agrégat des différents courants de l’opposition sans pour autant proposer une alternative véritable. Désormais la campagne est centrée sur un seul homme, avec pour objectif d’en faire un leader rassurant. Dans la pratique le candidat s’est affiché en grand sur la devanture de la fédération socialiste locale située en centre-ville et s’est lancé dans le tractage intensif dès le mois de septembre pour entretenir un lien direct avec les résidents d’autant plus qu’il est nouveau sur la scène politique dammarienne, ne faisant pas partie du conseil municipal. Dans la même logique, la charte graphique ne reprend pas celle du parti socialiste mais se compose de violet et d’orange afin que le candidat soit personnifié en dehors du parti politique. Cette donnée est importante sur une élection locale en particulier face à une personnalité telle Jean-Claude Mignon qui rassemble bien au-delà des clivages partisans, comme en témoigne son élection dès le premier tour en 2008 avec près de 60% des voix1. Cette nouvelle identité graphique permet ainsi au candidat socialiste de rassembler au-delà de son parti. Cette stratégie peut également être révélatrice du désir de s’affranchir de l’image du parti et a fortiori du gouvernement sur le plan local. Pour autant celle-ci n’est pas revendiquée par le candidat et son entourage et le logo du PS est affiché clairement sur les documents de campagne.

Prendre le pouls

Avant même la désignation du candidat courant octobre, le parti socialiste a lancé dès le mois de septembre une série de concertations pour connaître le plus précisément possible les attentes des habitants et les pistes potentielles pour s’attaquer au maire sortant. Pour cela l’équipe du PS a organisé six réunions publiques sur six thèmes différents : la jeunesse et l’éducation, l’économie et l’emploi, la sécurité, le développement durable, la cohésion sociale ainsi que la démocratie participative. Chacune des réunions avait pour but de voir s’exprimer les différents acteurs sociaux quant à leur vécu du quotidien afin de mieux appréhender leurs attentes et besoins pour construire un programme cohérent avec la population. Cet aspect fait figure d’élément programmatique en soi puisqu’il démontre l’envie de mettre en place une campagne participative dans un premier temps et une démocratie participative s’il est élu. Cette dernière est partie prenante de l’idéologie socialiste et en particulier du courant royaliste qui avait lancé en 2007 le site participatif Désir d’Avenir en soutien à la candidate Ségolène Royal.2

Aller au contact de la population

La stratégie de campagne désigne clairement le porte-à-porte comme l’élément central de la communication. C’est un élément clé des campagnes socialistes depuis l’élection présidentielle de 2012. Cette pratique est importée des Etats-Unis par trois jeunes militants socialistes, Guillaume Liegey, Arthur Miller et Vincent Pons, qui ont pris part à la campagne de Barrack Obama au sein de la section démocrate de Boston3. Le porte-à-porte peut être exhaustif dans ce cas précis du fait de la taille de la ville, qui ne dépasse pas les 10 000 logements, et d’une force militante conséquente comptant environ 40 personnes. Il n’y a pas de ciblage précis effectué et l’objectif avoué est de prendre contact avec le plus d’habitants possible quelques soient leur localisation géographique ou leur statut social. La ville est globalement divisée en deux parties : une zone résidentielle à la population plutôt aisée et un espace de grands ensembles urbains où les habitants sont plus modestes.nicolasalix2 Malgré un électorat a priori plus favorable dans la seconde zone, cette préférence socialiste n’est pas prouvée et l’objectif est bien de n’oublier personne, l’équipe de campagne consciente du fait que chaque voix compte. Le risque semble plutôt avec cette présence massive sur le terrain de s’essouffler ou de lasser la population d’autant que le maire sortant paraît jouer dans cette campagne exclusivement sur sa notoriété en restant absent jusqu’aux toutes dernières semaines de campagne. Le candidat n’est pas présent lors de chaque cession, mais estime être présent sur 80% des actions. Le porte-à-porte est effectué en binôme et s’accompagne du dépôt d’un tract pour chaque porte ouverte afin de laisser dans les foyers une trace concrète. L’objectif de couvrir l’ensemble du territoire semble réalisable puisque les différents duos ont ouverts 2 000 portes au 28 décembre avec une moyenne de 60 portes à l’heure par duo sachant que le rythme devrait s’accélérer en approchant de l’échéance.

A partir du mois de février, le programme sera décliné en six thèmes avec un thème par semaine. Les contacts durant celles-ci seront alors ciblés dans le but de répondre à une des préoccupations des dammariens. Par exemple, la semaine « jeunesse et éducation », sera l’occasion pour le candidat et son équipe d’être présents chaque matin devant les différentes écoles de la ville afin d’interpeller les habitants et de répondre à leurs éventuelles interrogations.

Les supports

Les séances de concertation ont apparemment permis de définir les points principaux du programme qui ont débouché ensuite sur la confection d’un tract utilisé lors du porte-à-porte et du tractage jusqu’à mi-janvier. Celui-ci présente au recto un éditorial du candidat présentant son intérêt pour la ville et au verso les points programmatiques retenus. Le programme complet sera rendu public via le site internet du candidat et la confection d’un journal de campagne de seize pages et fera l’objet d’un second tract. L’objectif de cette troisième phase de campagne est de faire connaître grâce au site internet et au journal les différents soutiens du candidat et les acteurs principaux de la liste. En effet, il ne s’agit plus de centrer l’ensemble de la campagne autour de la personne de Nicolas Alix mais de présenter autour de lui une équipe solide et compétente. Ces deux nouveaux supports imprimés seront distribués via le boîtage militant, le porte-à-porte et le tractage sur les marchés avec l’ambition de l’avoir disponible en grande quantité pour répondre à toutes les demandes. Les supports numériques se limitent à un site internet reprenant la charte graphique et une page Facebook. Twitter n’est pas utilisé, Morgan Vallet, responsable de la communication du candidat, considérant que le réseau social n’a qu’un faible potentiel pour les campagnes locales.

Une stratégie et des soutiens extra-communaux

Cette année pour la première fois l’enjeu des élections municipales n’est plus seulement communal mais devient communautaire puisque les électeurs devront par la même occasion désigner ceux qu’ils souhaitent voire à la tête de leur communauté de communes ou agglomération. C’est dans cette logique que le PS espère prendre la tête de la Communauté d’Agglomération Melun Val de Seine, dans le giron de la droite depuis sa création en 2002, en remportant le maximum de villes jusque-là dirigées par des élus UMP. nicolasalix3Nicolas Alix profite de la dynamique de campagne de François Kalfon, secrétaire nationale du parti socialiste et candidat à Melun, et de sa posture nationale. M. Kalfon de son côté n’hésite pas à s’afficher à ses côtés en guise de soutien, démontrant au dammarien que la campagne de Nicolas Alix compte pour la section nationale du parti. C’est ainsi que le 14 décembre dernier, le candidat dammarien était invité par le candidat melunais à prendre part à l’une de ses réunions publiques de campagne durant laquelle il recevait le ministre de la ville François Lamy venu le soutenir. Nicolas Alix affiche également comme appui sur son site internet le témoignage vidéo de Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture.

La stratégie électorale du candidat socialiste à la mairie de Dammarie-les-Lys sera-t-elle payante ? Réponse les 23 et 30 mars prochains.

 

[ photos prises sur le site du candidat : http://www.nicolasalix2014.fr/ ]

1 http://elections.leparisien.fr/elections-municipales-2008/resultats-municipales-cantonales-2008/dammarie-les-lys-77190/

 

3 http://www.parti-socialiste.fr/articles/frapper-aux-portes-ou-comment-mobiliser-pour-les-prochaines-elections

 

  • Thomas Lhuillery

    La donne a changé depuis mon entretien avec Morgan Vallet, responsable de la communication de la campagne, mi-décembre et la rédaction de cet article fin décembre. En effet, le maire sortant JC Mignon a annoncé contre toute attente le 20 janvier qu’il ne serait finalement pas candidat à sa réélection. Cela ne change rien à la stratégie mise en place par le candidat socialiste car lors de sa réalisation, lui et son équipe ont pris pour présupposé la candidature de JC Mignon.