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Le Quai d’Orsay, véritable tour de contrôle de la France à l’étranger

Publié le lundi - 30 avril 2012

Le 29 Mars 2012, Bernard Valéro, porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères et Européennes nous a accueilli au sein du ministère. Communément appelé « le quai d’Orsay », ce dernier bénéficie d’une identité forte liée à une marque géographique, résultat d’une communication menée pendant plusieurs dizaines d’années.

Le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes : la tour de contrôle de la France à l’étranger

Le Ministère est avant tout une tête de réseaux : l’administration centrale des réseaux diplomatiques français est l’un des plus grands au monde avec celui des USA.

La politique étrangère mise en œuvre par la France repose sur trois volets : la promotion et la défense de nos intérêts à l’étranger, la promotion de nos valeurs et la fidélité à nos alliances.

A partir de ce triptyque se déclinent des actions concrètes. En premier lieu, la construction européenne, avec pour enjeux la paix, une union forte dans les affaires du monde, la défense de valeurs telle que la démocratie.

La solidarité avec le reste du monde s’exprime au travers des aides publiques au développement, plaçant la France au rang de premier bailleur au monde avec les USA. Le montant de ces aides est de 10 milliards d’euros par an,  auquel s’ajoute les contributions européennes.

Le renforcement du droit international est également une action essentielle du Ministère. En effet, la France, de part son siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU et son héritage gaullien, promeut les règles de conduite indispensables à la paix dans le monde. Outre les Nations Unies, il existe des organisations régionales telles que l’Organisation des Etats Américains ou l’Union Africaine qui contribuent à la régulation et à la promotion du droit international. Actuellement, le coup d’Etat au Mali nécessite une solution pratique et au plus près du terrain, d’où l’intervention de l’Union Africaine et de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest.

Le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes : la plus grande mairie de France.

Les consulats et les ambassades françaises dispersées partout dans le monde ont un rôle d’administration envers les deux millions de français vivant à l’étranger. Il s’agit d’offrir un service public aux compatriotes, notamment la scolarisation des enfants et les démarches administratives. Les réseaux de la diplomatie française gèrent également la sécurité des français à l’étranger, en particulier les situations de prises d’otages ou d’emprisonnement. Actuellement, 25000 français sont en prison,  dont sept condamnés à mort. Il ne faut pas chercher bien loin où sont emprisonnés le plus de français dans le monde, c’est en Espagne.

Les français vivant à l’étranger constituent également un tremplin important pour le rayonnement et l’influence de la France dans le monde. Notre pays est en effet l’inventeur de la diplomatie culturelle, reprise sous le nom de diplomatie d’influence dans les pays anglo-saxons. La culture française rayonne ainsi grâce à un réseau animé par les instituts français.

Un Ministère en « adaptation perpétuelle ».

Il y a vingt ans, les relations internationales reposaient sur des schémas simples : un Nord riche, un Sud pauvre, un Est méchant, et un Ouest sympa. Aujourd’hui la grille de lecture a complètement changé avec des pays émergents forts et la démocratisation de l’Est.

De plus, depuis vingt ans, l’ambassadeur a perdu son monopole de représentant de la France à l’étranger. En effet, la multiplication des acteurs sur la scène internationale – les ONG, les parlementaires, les entreprises et les collectivités territoriales – tend à modifier toute la politique étrangère.

Les problématiques internationales ont également changé, passant de situations facilement identifiables, souvent liées aux frontières, à des affaires globales, transversales et compliquées : questions d’immigration, d’asiles, réfugiés politiques, immigration économique… Si aujourd’hui la question de l’immigration est synonyme d’immigration économique ou politique, elle sera principalement écologique dans les décennies à venir selon le porte parole du ministère, comme le montre déjà le cas de l’Archipel de Kiribati qui disparaît sous la montée des eaux et qui cherche une terre d’accueil.

Aussi, les enjeux liés à la sécurité se sont vus modifiés avec l’émergence de groupes internationaux criminels aux capacités de financement énormes et la propagation de l’arme nucléaire chez les acteurs difficilement contrôlables tel que l’Iran.

Le rôle de la communication du Ministère

Le Quai d’Orsay a été influencé en partie par le Général de Gaulle pour qui la France avait une légitimité forte dans les affaires du monde, selon le porte parole du ministère.

Le ministère et les médias…

Le Ministère communique de l’information chaude aux journalistes du monde entier. M. Valéro fait un briefing de presse cinq fois par semaine à midi (le Mardi et Vendredi sur place, les autres jours ouvrables de la semaine sur internet). Il s’agit donc, pour l’équipe du porte-parole, de réunir les informations de la veille et de la nuit pour déterminer les sujets dominants de la journée et répondre aux journalistes français ainsi qu’aux 2000 correspondants de la presse étrangère à Paris. De plus, la disponibilité du porte-parole doit être permanente pour répondre aux questions à toute heure pour les journalistes à l’étranger. Cette disponibilité systématique du porte parole pour les médias permet selon Bernard Valéro aussi de ne manquer aucune information urgente qui pourrait être délivrée à son attention, par un journaliste lambda.

Le ministère et la communication…

Il faut aussi porter la parole diplomatique française au plus loin en démultipliant les actions de communication : il faut avoir un bon message, un bon vecteur, atteindre la cible. Le vecteur central est la langue. La France bénéficie de centres de traduction dans chaque pays où elle est présente.

La communication du ministère correspond également à la promotion de la France à l’étranger par de l’information  froide. Il s’agit d’exporter l’art de vivre à la française, en utilisant les attributs d’image forts de la France, mais aussi en développant des aspects de la communication sur des objets beaucoup moins connus.

Le Quai d’Orsay doit parvenir à combiner les informations chaudes et froides, qui correspondent à des rythmes et des cibles différents.

Les espaces de communication du Ministère

Un des premiers espaces de communication du Ministère est Internet. En effet, le site Internet de la diplomatie française est le deuxième site Internet de l’administration française le plus consulté avec 1 600 000 visiteurs par mois. Ce site est disponible en français, anglais, espagnol, arabe et allemand. Aujourd’hui, le Ministère essaie d’investir de nouveaux espaces de communication comme le web 2.0, avec Twitter. Des études ont montré que le compte Twitter du Ministère est l’un des meilleurs de l’administration française, en termes de followers, d’influence ou de réactivité. Sur ce nouvel espace qui s’ouvre, il faut être présent pour porter des messages mais aussi des valeurs, telle que la liberté d’expression. Une attention particulière est en effet portée à la violation de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux en Iran ou en Chine.

Un deuxième espace de communication, plutôt ignoré, correspond aux compatriotes. Le Quai d’Orsay est le seul Ministère à n’avoir ni lien ni visibilité avec les français résidant sur le territoire. Le manque de notoriété qui s’est créé a ainsi été rempli par des clichés et des préjugés qu’il faut rectifier selon le porte parole. Il faut faire du « Quai d’Orsay hors des murs », organiser des conférences auprès d’associations, d’universités pour expliquer son fonctionnement, ses actions… C’est cette dynamique diligentée par Bernard Valéro qui nous est présentée. Il s’agit de faire comprendre l’incidence de ce qu’il se passe dans le monde sur la vie quotidienne des français. Par exemple, la construction européenne a une incidence sur les lois françaises.

Bernard Valéro a ensuite répondu aux questions des étudiants.

L’indépendance du Ministre des Affaires Etrangères vis-à-vis du Président de la République.

La visite de Mouammar Kadhafi auprès du Président Nicolas Sarkozy avait été critiquée par le ministre de l’époque. Bien que menant la politique étrangère de la France, le Ministre des Affaires Etrangères suit le cap fixé par le Président de la République. En effet, la Constitution donne à ce dernier l’autorité pour décider. De plus, les relations avec M. Kadhafi ont changé lorsque les libyens ont exprimé leur désaccord avec le régime en allant dans la rue.

Le Ministère face à la révolution Tunisienne.

Comment les réseaux diplomatiques français ont-ils pu ne pas anticiper les mouvements révolutionnaires en Tunisie ? Comment expliquer les propos de Michèle Alliot-Marie concernant l’aide possible de la France auprès des forces de police Tunisiennes ?

M. Valéro répond qu’il était impossible d’anticiper une telle situation, et que la responsabilité de la France est de s’adapter au plus vite. En effet, la France a mis à plat toutes les collaborations qu’il y avait avec la Tunisie et a présenté au G8 de Deauville les représentants de la Tunisie démocratique. De plus, la France investit beaucoup dans le processus de démocratisation de la Tunisie selon le porte parole. C’est « le syndrome des trains qui arrivent à l’heure » selon ses propres mots : la communication ne s’intéresse qu’aux polémiques, oubliant de parler des efforts politiques positifs.

Aussi, les actions en relations internationales sont délimitées par le droit international. Aujourd’hui, la Russie et la Chine bloquent la mise en place d’une résolution sur la Syrie. Donc ce qui change dans les interventions, c’est le droit.

La question de la jeunesse dans le monde et dans les pays en révolution est-elle prise en compte par vos services ?

La Macédoine et sa forte proportion de jeunes par exemple, constitue un élément fort dans l’avenir européen. L’action principale que le ministère explique mener consiste à aller dans les écoles, les universités, pour parler de la France et de l’Union Européenne. Beaucoup de pays gardent l’image du tuyau qui vient de Bruxelles ; il est donc important d’expliquer le fonctionnement de l’Union aux nouvelles générations. Comme l’ont montré les révolutions arabes, la société civile s’exprime par les blogs, souvent tenus par des jeunes qui sont les nouveaux acteurs de la communication et de l’information.

La neutralité de la diplomatie

Il n’existe pas d’opposition très forte entre les partis politiques en matière de politique étrangère. Le rayonnement de la France dans le monde est un but commun qui dépasse les clivages partisans. De plus, face à des situations délicates rencontrées en relations internationales, le travail collectif permet d’aboutir à des solutions concrètes. Pendant les cohabitations, le Ministère des Affaires Etrangères et Européenne bénéficie d’une plus grande autonomie. L’exemple d’Hubert Védrine, ministre du Quai d’Orsay entre 1997 et 2002, montre que le ministère fonctionne bien lors d’une cohabitation.

Est-ce que « Affaires Etrangères » et « communication » sont compatibles ?

Il existe certains sujets sur lesquels le Ministère ne communique pas. En premier lieu les prises d’otage pour des raisons de sécurité. Cependant, aujourd’hui le secret reste relatif. C’est devenu une question de temps : à partir de quel moment va-t-on parler ? Il est nécessaire de suivre des règles simples en termes de communication : toujours dire la vérité, prendre ses responsabilités et faire preuve de crédibilité.

Macha Sautel et Morgane Berger (M1)