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Retour sur la #Conf421

Publié le vendredi - 9 mai 2014

Introduite par Catherine Burkel, responsable du Centre de documentation de Bureau d’information du Parlement européen en France, la conférence-débat a permis d’apporter des réponses à la problématique « Elections européennes : comment dépasser les enjeux nationaux ? ». Structurée par les présentations des étudiants du Master 2 de Communication Politique et Publique en France et en Europe de l’UPEC et les interventions des invités, professionnels de la communication et de l’action politique européenne, l’après-midi du 9 avril 2014 a été des plus enrichissantes pour les personnes présentes au Bureau du Parlement Européen, situé boulevard Saint-Germain, en plein cœur de Paris.

Pour débuter, les étudiants du Master 2 analysent la couverture médiatique de la presse quotidienne nationale en France autour des élections européennes de 2009 puis celles de 2014. Des tendances se détachent pour différencier ces deux échéances électorales. En 2009, c’est une couverture faible qui est proposée. Les titres de presse favorisent l’indifférence des électeurs français lors d’une campagne très peu suivie en 2009. Cependant, l’analyse des étudiants montre des changements notables en 2014. Si le caractère national de la couverture médiatique est très important en 2009, il est beaucoup moins marqué en 2014. De plus, la personnalisation de la campagne fait son apparition autour des potentiels candidats à la présidence de la Commission européenne. Le traité de Lisbonne, entré en vigueur le 1er décembre 2009, n’est pas étranger à ce phénomène puisque le rôle du Parlement européen dans le choix du président de la Commission est maintenant plus important.

S’il estime que la presse quotidienne nationale est aujourd’hui « moribonde », Fabrice Pozzoli-Montenay, journaliste spécialisé sur les questions européennes et vice-président de l’Association des Journalistes Européens (AJE), évoque la position de la presse en France, à l’égard d’un traitement différencié de l’actualité communautaire. D’un côté, une partie de la presse quotidienne a tendance à simplifier les enjeux et de l’autre côté, certains quotidiens se placent dans une position d’expertise avec des articles de fond sur les enjeux européens mais dont la clarté du contenu peut être remise en cause par un manque de spécialisation des journalistes en charge de ses articles. De plus, il estime que « les médias ne sont pas là pour faire de la pédagogie ». En complément de l’intervention de M.Pozzoli-Montenay, Florent Le Montagner, conseiller du porte-parole du Parlement européen et du Directeur des médias, Jaume Duch Guillot, apporte quelques chiffres montrant une couverture médiatique qui débute très tôt. Ainsi, les premiers signes de la couverture médiatique apparaissent dès mai 2013.

Suivant l’analyse de la couverture médiatique, c’est au tour de la communication institutionnelle d’être passée au crible. A nouveau, ce sont les deux échéances électorales de 2009 et de 2014 qui sont au cœur de l’analyse des étudiants en Master 2. Les deux campagnes se distinguent pour ce sujet également. La dimension humaine et le registre de l’émotion prennent plus de place en 2014 qu’en 2009. La cohérence est plus grande au niveau européen.

Maud Labat, chef du service du département Communication, Partenaires et Réseaux au Bureau de la Représentation de la Commission européenne en France, appuie l’analyse des étudiants en expliquant qu’elle n’a aucun souvenir de la communication institutionnelle pour la campagne de 2009. Cependant, cela change en 2014 puisque la Commission européenne est impliquée dans ces élections. En effet, le président de la Commission devrait être issu du groupe parlementaire le plus important du Parlement européen. Maud Labat y voit la possibilité d’un développement du fonctionnement parlementaire de l’Union européenne avec la place grandissante que prend le Parlement Européen dans les décisions prises. Florent Le Montagner confirme également la différence entre une campagne de 2009 « très institutionnelle » et une campagne de 2014 « plus politique ». Si la campagne institutionnelle de 2014 s’inscrit dans une neutralité logique lors de l’élaboration des messages directement adressés aux citoyens, elle tranche avec la campagne de 2009 notamment par la personnalisation des candidats à la présidence de la Commission européenne qui en font une campagne plus tournée vers les enjeux politiques comme lors des débats organisés entre ces candidats.

Après une pause café bien méritée, les étudiants du Master 2 présentent la communication électorale des candidats aux élections européennes de 2014. José Bové (EELV), Alain Cadec (UMP), Yvette Duchemann (EELV) Jean-Marie Le Pen (FN), Edouard Martin (PS), Nadine Morano (UMP), Marielle de Sarnez (MoDem) et Isabelle Thomas (PS) sont les candidats dont la communication est analysée. Si la communication de chacun repose sur des distinctions précises relevant de leur parcours ou de la grande région dans laquelle ils se représentent, l’axe majeur de la communication des candidats reste les enjeux nationaux. Le dépassement de ces enjeux nationaux ne semblent donc pas être la volonté première des candidats aux élections européennes.

Lorsque Constance Le Grip, députée européenne membre du groupe parlementaire du Parti Populaire Européen (PPE), prend la parole, c’est le thème de l’abstentionnisme qui est amené dans le débat. L’enjeu principal pour la députée européenne est de faire comprendre aux citoyens que les élus auront un véritable pouvoir grâce au traité de Lisbonne. De plus, elle regrette la « stratégie du bouc émissaire » qui consiste à faire peser sur « Bruxelles » la responsabilité de l’apparent désintérêt des citoyens à l’égard des questions européennes. Intervenant alors dans le débat, Olivier Rozenberg, politiste, chargé de recherche au Centre d’Etudes Européennes (CEE) tente de relativiser l’abstentionnisme, en soulignant le rôle que peut avoir le mode de fonctionnement du Parlement Européen dans celui-ci. Pour le politiste, les trois grandes institutions européennes que sont le Parlement, la Commission et le Conseil se mettent d’accord trop rapidement, ce qui floute le déroulement des négociations pour le citoyen. Selon lui le conflit en politique permet de susciter l’intéressement, or le Parlement européen se voudrait comme une institution « mature » préférant le compromis au conflit.

La diversité des intervenants aura permis de se rendre compte des difficultés à communiquer sur les élections européennes et sur l’Union Européenne en général. La conférence aura montré les causes du désintéressement des Français pour les élections européennes. La couverture médiatique des élections, la communication institutionnelle et le fonctionnement des institutions sont notamment mises en cause et détiennent une certaine part de responsabilité dans les forts taux d’abstention que l’on a pu observer lors des dernières élections. Un tel constat a toutefois été nuancé.

Récemment le traitement de la presse des élections européennes de 2014 a fait preuve d’une plus grande cohérence. En mettant en avant certaines personnalités européennes, telles que Martin Schulz, José Manuel Barroso ou Angela Merkel, la presse a tenté de personnaliser le scrutin. Cependant on observe toujours un manque évident de pédagogie de la part des médias qui par exemple fait rarement le lien entre élection des députés et présidence de la commission.

La communication institutionnelle a également évolué par rapport à la dernière campagne en misant également sur la prise de conscience du citoyen et en mettant l’humain au cœur de la campagne. Il semble difficile de dépasser les enjeux nationaux qui prennent encore beaucoup de place. Cependant, la communication institutionnelle est devenue plus cohérente et des efforts sont faits. Les institutions mais également les candidats doivent continuer à essayer de faire des enjeux européens les thèmes centraux de la campagne pour les élections européennes qui se tiendront du 22 au 25 mai 2014.

Retrouvez tous les détails de notre conférence sur notre compte-rendu, disponible en cliquant ici :compte-rendu