Compte-rendu de l’intervention de Gaspard Gantzer

Publié le mardi - 22 novembre 2016

Le mardi 15 novembre, les étudiants et l’équipe enseignante de la salle 421 ont eu le plaisir de recevoir Gaspard Gantzer dans le cadre du cours de « Théorie de la communication politique et publique » dispensé par Stéphanie Wojcik. Le chef du pôle communication à la Présidence de la République Française a pu nous présenter son parcours personnel et détailler les fonctions qu’il occupe au sein de l’Elysée. Nous avons ensuite eu l’occasion d’échanger avec lui.

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La communication, Gaspard Gantzer en a fait « par hasard ». Il se destinait plutôt au journalisme avant d’intégrer Sciences Po et de découvrir l’administration française grâce aux stages qu’il a effectués. Administration qu’il ne quittera plus car c’est après un « réveil de convictions politiques et une envie d’agir pour l’intérêt général » qu’il se présentera aux concours de la fonction publique et notamment à celui de la très célèbre Ecole Nationale de l’Administration qu’il intégrera en 2002 en même temps qu’un certain Emmanuel Macron. A sa sortie de l’école, il entre en poste au Ministère du Travail où il restera 3 ans. Cette première expérience en tant que haut fonctionnaire, aura marqué le militant de gauche engagé au PS depuis ses 20 ans puisqu’il devait mettre en œuvre des politiques avec lesquelles il était en désaccord, il nous donnera l’exemple du contrat première embauche. Après un bref passage au Centre National du Cinéma où il sera supervisé par Audrey Azoulay, il a l’occasion de rejoindre la Mairie de Paris en tant que collaborateur de Christophe Girard. Il y fera ses armes dans le domaine de la communication. Ce nouveau poste lui permet en effet de mettre en cohérence ses convictions politiques et sa vie professionnelle. Dans ses fonctions, il va s’atteler à l’écriture de discours, gérer les relations presses et les relations publiques de l’adjoint au Maire. Il participe de loin à la campagne de Bertrand Delanoë pour le congrès de Reims et ne s’attend donc pas à être appelé par le Directeur de Cabinet du Maire de Paris, pour travailler avec ce dernier lorsque son conseiller en communication se trouve sur le départ. Cette proposition « folle et admirable », il l’accepte car il a une « grande estime pour Bertrand Delanoë ». Les deux ans passés auprès du Maire de Paris ont été déterminantes et riches en apprentissages pour Gaspard Gantzer, qui estime avoir tout appris sur la communication grâce à cette personnalité. À l’arrivée de la gauche au pouvoir, en mai 2012, il prend en charge la communication de Laurent Fabius au Quai d’Orsay. Il va donc beaucoup voyager et c’est non sans une pointe d’humour qu’il nous situera le conseiller en com’ du Quai d’Orsay entre « le spin doctor et le steward Air France ». Il y passera un an et demi et découvrira les subtilités de la gestion d’une communication diplomatique car dans ce domaine « le moindre mot est lourd de sens ». Il aura notamment à y gérer l’entrée en guerre de la France au Mali, la montée en puissance de Daesh ainsi que d’autres événements historiques majeurs comme la COP 21 ou encore la négociation sur le nucléaire iranien à Genève. À l’occasion du remaniement de 2014 il rejoint le cabinet de Stéphane Le Foll pour la prise de poste la plus courte de sa carrière : 4 jours. Gaspard Gantzer est en effet appelé par le Président de la République pour officier à l’Elysée en avril.

Pour Gaspard Gantzer, le communicant politique à l’Élysée a quatre fonctions essentielles. La première consiste à conseiller le Président de la République sur sa stratégie de communication. Cette fonction nécessite des échanges quotidiens pour déterminer comment imprégner l’opinion publique d’une politique, d’une image sur le long terme, pour réagir au mieux aux différentes – et fréquentes – situations exceptionnelles qui peuvent se présenter. Gaspard Gantzer nous a présenté cette première fonction comme étant passionnante grâce au contexte politique et médiatique, et a sans aucun doute réussi à en convaincre la majorité de la promotion du Master. La seconde consiste à être le porte-parole de l’Élysée, à ce titre il est exclu pour Gaspard de s’exprimer en son nom propre.  Les relations constantes avec les journalistes font de cette fonction la plus excitante mais aussi la plus difficile, la moindre faute peut en effet avoir de grandes conséquences politiques. La troisième fonction est celle de diriger le Pôle de la communication de l’Élysée. Pour se faire, Gaspard Gantzer est entouré de quatre équipes : celle chargée des relations presse, devant l’aider dans l’ensemble des relations avec les journalistes, et l’organisation des événements au sein du Palais de l’Élysée ; celle en charge du web, effectuant une veille, animant le site internet et les réseaux sociaux de l’Élysée – mission particulièrement difficile du fait de la forte présence de « haters » sur internet – ; l’équipe en charge de la photo puisque la totalité de l’activité de l’Élysée est couverte par des photos, pour alimenter les archives mais aussi les réseaux sociaux ; enfin l’équipe en charge de l’audiovisuel. La dernière fonction de Gaspard Gantzer consiste à coordonner la parole de l’exécutif, c’est-à-dire avec les services du Premier Ministre, mais également avec celui du Porte-parole du Gouvernement. Sa responsabilité est d’isoler les messages clefs énoncés lors des interventions du Président et du Gouvernement, afin que l’ensemble de l’exécutif véhicule une parole unique et cohérente.

L’ensemble de ces fonctions oblige à une très grande relation de confiance entre communicants politiques et journalistes politiques. Gaspard nous a d’ailleurs confié que chacun connaissait la valeur de cette relation, et qu’une trahison engendrait nécessairement de très grandes conséquences.

Suite à la présentation de son parcours et de ses fonctions, un échange de questions réponses s’est déroulé entre le conseiller du Président de la République et les étudiants — et enseignants – du master. Seules quelques questions sont ci-dessous retranscrites.

Comment avez-vous géré la sortie de « Un Président ne devrait pas dire ça » ?

Le livre retraçant cinq ans de mandat présidentiel ne devait à l’origine couvrir que les 100 premiers jours du quinquennat de François Hollande. Ces deux auteurs, Gérard Davet et Fabrice Lhomme (journalistes pour le quotidien Le Monde), ayant été force de proposition envers le Président de la République afin d’allonger l’exercice, ce dernier l’ayant accueilli volontiers. Par ailleurs, le « deal » passé dès 2011 avec eux, prévoyait que la sortie du livre se ferait pendant la dernière année du quinquennat, sans relecture avant publication de le part de ses équipes.

Gaspard Gantzer, lors de son arrivée à l’Élysée, a accueilli favorablement cette initiative permettant de retracer le fil du mandat et de retranscrire la cohérence sur l’ensemble de ces cinq ans. Cet ouvrage est tout autant une libre parole du Président qu’une explication de l’action politique menée durant sa présidence. L’accueil mitigé des médias, provoquant une crise, a été interprété par notre invité comme un prétexte pour décrier François Hollande.

Comment gérez-vous les écarts qu’il peut y avoir avec la communication des ministres ?

Gaspard Gantzer explique que s’il peut y avoir des disjonctions (bien que lui et son équipe tentent de les éviter au maximum), ce n’est pas uniquement par l’autorité qu’on résout les difficultés. Il faut convaincre, expliquer, dialoguer. Dans le but de prévenir toute dissonance dans les discours des ministres et du Président, Gaspard nous a confié passer beaucoup de son temps au téléphone avec les communicants de l’ensemble des membres de l’exécutif ; il arrive parfois qu’il doive demander à ses interlocuteurs de « préciser » la position du ministre, afin de clarifier a posteriori la parole de l’exécutif.

Lorsque le Président de la République est en désaccord avec vos conseils, quelle réaction avez-vous ?

Selon Gaspard Gantzer, il ne faut jamais oublier que l’objectif est justement de conseiller mais que la décision finale revient toujours au Président de la République. Lorsqu’un conseiller en communication et son patron sont en accord parfait, ce n’est pour lui jamais bon. En effet, les discussions et les débats sont utiles au sein du couple président-conseiller, afin que ce dernier puisse jouer son rôle. Par ailleurs, il estime « qu’il ne faut jamais travailler auprès de la même personne de trop nombreuses années » au risque d’être trop proche de la personne que l’on conseille.

Comment réagissez-vous lorsque d’autres conseillers prennent position sur des questions qui entrent dans votre champ d’expertise ?

Gaspard Gantzer accepte très bien que d’autres conseillers aient un avis à donner sur la communication. Pour lui, ce travail nécessite l’apprentissage d’une certaine modestie et d’une remise en cause personnelle de manière permanente.

En tant que communicant du Président de la République, comment gère t-on la désacralisation de sa parole notamment à travers de documentaires comme celui d’Yves Jeuland (1) et en même temps le côté solennel de la fonction ?

Notre interlocuteur nous informe qu’il faut les conjuguer en permanence. La période que l’on connaît appelle de plus en plus à de l’horizontalité. De tous temps, les présidents ont toujours dû conjuguer cette double dimension. Il prend l’exemple des documentaires sur Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, et François Mitterrand qui en sont l’incarnation. Toutefois, durant des périodes de crise, une certaine autorité est primordiale.

Selon vous, est-ce que François Hollande a tiré des leçons des erreurs commises par les équipes d’Hilary Clinton sur sa stratégie de communication, notamment face au populisme de Donald Trump qui rappelle un certain parti en France ?

Pour Gaspard Gantzer, « Trump n’a pas écrasé Clinton », et cette campagne est fascinante en terme de communication politique. Clinton a mis en place une campagne dans la continuité de la politique portée par Barack Obama. Alors que dans une campagne tout est normé, de l’utilisation des sondages à l’utilisation des leaders d’opinion, il estime que Trump a innové en « cassant les codes de la communication politique ». Dans son analyse, il y a un paradoxe quant aux moyens utilisés par le candidat – qui a usé d’une campagne extrêmement traditionnelle à certains moments (meetings classiques, très peu scénarisés) – et une campagne très novatrice à d’autres moments. Il prend l’exemple de son utilisation de twitter pour interpeller Clinton et mêmes les médias. Pour lui, « on ne devrait jamais voir cela en France ». Les médias n’ont pu s’empêcher de rentrer dans son jeu en répondant à ses provocations et, bien que « le fact-checking est censé être l’alpha et l’oméga de l’analyse médiatique », son impact s’est avéré nul. Selon lui, Trump a utilisé les réactions des journalistes pour dénoncer un « espèce de complot médiatique ». Il revient également sur la fin de la campagne pendant laquelle Trump n’a cessé de monter dans les sondages jusqu’à l’apparition de « l’effet ciseau », c’est-à-dire l’instant où les courbes d’intention de vote (entre Clinton et Trump) se sont croisées. Il conclut ses propos par : « Tout se joue dans les dix derniers jours ».

Qu’avez-vous apporté à la fonction de conseiller en communication et de chef du pôle communication ?

Gaspard Gantzer revendique avoir marqué la fonction par deux aspects : la première étant d’avoir contribué à maintenir une communication sobre, digne, pendant des moments de crise, comme l’a manifesté la marche du 11 janvier 2014 ; la seconde étant d’avoir réussi à faire entrer davantage la communication présidentielle dans l’ère 2.0 en investissant les canaux de diffusion d’informations variés tels que les réseaux sociaux, ou encore des journaux atypiques.

Avez-vous conseillé à François Hollande de se représenter à la présidentielle ?

Pour notre intervenant, et malgré son souhait personnel de voir le Président se représenter, la candidature à la présidentielle est une décision éminemment personnelle du Président de la République sur laquelle il ne pourra intervenir.

Un conseil pour des étudiants en communication politique ?

Selon Gaspard Gantzer, tout passe par la pratique ! Ses recommandations primordiales sont donc d’expérimenter et de travailler dès que possible – en parallèle et de manière intégrée aux études supérieures, par le biais de stage, de bénévolat, de militantisme –  puisque « les relations presse et la communication digitale s’apprennent sur le terrain ».

L’ensemble des enseignants et des élèves du Master Communication politique et publique en France et en Europe, remercient chaleureusement Gaspard Gantzer pour sa venue ainsi que pour avoir pris le temps de partager avec nous son expérience et d’avoir répondu à nos questions.

Par Julie El Mokrani Tomassone et Clément Lebourg.

[1] Documentaire de Yves Jeuland, « A l’Élysée, un temps de Président », 2015