Le PE communique

Bruxelles (1/2) – La place du citoyen dans l’Union Européenne

Publié le vendredi - 18 mai 2012

Lors de notre visite au Parlement européen à Bruxelles le 10 mai dernier, notre promotion a pu échanger avec Isabelle Durant, Vice-présidente du Parlement européen et députée européenne (Vert-ALE-BE).

Evoquant les relations difficiles entre les institutions communautaires et les citoyens, la députée a dressé un inventaire des causes de l’apparente incompréhension des citoyens vis-à-vis de l’Union européenne, et a suggéré quelques pistes en vue d’y remédier.

Le premier élément qu’a tenu à rappeler Isabelle Durant, c’est la caractère démocratique de l’Union Européenne dont les institutions permettent aux citoyens, à des degrés divers, de faire entendre leur voix. Ainsi, les eurodéputés sont élus directement par les citoyens des pays membres. Le Conseil regroupe les ministres nommés indirectement par le peuple. La Commission reflète la couleur politique des gouvernements nationaux. Néanmoins, cette dernière pourrait être encore plus démocratique si elle était élue par les Européens.

Une fois ce principe démocratique rappelé, il faut prendre du recul. En effet, la démocratie doit prendre en compte le point de vue des peuples. Or, si chacun est attaché aux principes de paix et de démocratie promus par l’UE, la faible participation aux élections européennes montre que la mobilisation des citoyens est encore difficile.

La mobilisation citoyenne passe en partie par les médias selon Isabelle Durant. Dans les médias nationaux, la question européenne semble être à ce jour une « bulle à part » alors qu’il serait plus judicieux de traiter la question européenne de manière plus transversale. Puisque l’Union dispose de nombreuses compétences qui touchent à divers domaines et politiques et publiques, il faudrait la traiter du point de vue national, régional, européen et international.

De plus, les médias décrivent les institutions comme des instances bureaucratiques déconnectées de la réalité des problèmes quotidiens. Ils parlent souvent de « Bruxelles » pour résumer un ensemble institutionnel complexe et on ne sait pas si il est question de la Commission, du Conseil, du Parlement. Cette dénomination de « Bruxelles » est aussi bien pratique pour les responsables nationaux. Ces derniers dénoncent Bruxelles quand il y a un problème, et mettent en valeur leurs actions quand c’est une réussite. On fait souvent de l’Union un bouc émissaire.

Le malaise autour des institutions peut s’expliquer par la difficulté de perception pour le citoyen entre Bruxelles, Strasbourg et Luxembourg. Trois villes pour une Union ? Cela est en effet un souci écologique puisque la machine européenne doit se déplacer dans les différentes villes. Mais c’est aussi un problème d’identification. Le citoyen doit distinguer les lieux du pouvoir démocratique. C’est sur ce point que s’oppose la logique historique et politique à la logique européenne. Les eurodéputés français sont attachés à Strasbourg comme un des sièges du Parlement européen. Ce fut en effet un symbole du rapprochement franco-allemand. En 2012, on est en droit d’interroger la pertinence du choix de la décentralisation pour cette institution. Isabelle Durant parle d’un projet d’université européenne qui occuperait les locaux de l’actuel Parlement à Strasbourg. Cette université, toujours dans une logique de lutte contre les nationalismes, pourrait constituer les prémices d’une réelle identité européenne.

Cette identité commune implique aussi un engagement des acteurs européens. En effet, une fois eurodéputé, un élu doit changer de paradigme et abandonner quelques responsabilités nationales. Et surtout « faire vœux de chasteté médiatique ». Cette expression illustre la difficulté pour un élu européen d’exister sur la scène médiatique nationale en raison du désintérêt récurrent des médias pour les affaires européennes. Il est alors plus difficile pour l’élu européen de s’adresser aux citoyens à travers les médias.

Une nouvelle proposition est apportée par la Vice-Présidente du Parlement : faire que le débat médiatique européen soit un débat transnational. Actuellement, chaque média organise des débats télévisés avec uniquement des responsables d’un même pays, ce qui est problématique. En faisant des émissions de télévision où se confronteraient des points de vue de plusieurs personnalités et responsables issus de cultures politiques différentes, la question européenne pourrait être dégagée des seuls enjeux nationaux. Dans un tel cadre transnational, le discours nationaliste ne pourrait dès lors plus fonctionner. Sur un plan plus politique, elle propose également de faire des listes transnationales pour les élections européennes.

Si la parlementaire européenne a insisté sur le média télévision pour toucher le plus de monde, elle a également souligné l’intérêt des médias sociaux. Si ils sont bien employés, ils peuvent être un outil de rapprochement entre les institutions et les citoyens. Favoriser l’interactivité donnera le sentiment que les acteurs européens participent activement au quotidien des citoyens.

A plusieurs reprises, Isabelle Durant plaidera pour que l’Europe cesse de servir de bouc émissaire. L’Europe se construit à plusieurs, se construit à 27. En effet, l’Union n’est pas que franco-allemande, elle fonctionne avec 25 autres Etats. Elle conclue son discours avec une appréciation politique plus personnelle, estimant que l’élection de François Hollande comme Président de la République française pourrait être favorable à cette dernière idée.

 

Découvrez la seconde partie: Bruxelles (2/2) – ACTA et relations entre Parlement Européen et parlements nationaux