Archives mensuelles : janvier 2019

Sous les parapluies, la révolution ? Retour sur le mouvement Occupy Central (Hong-Kong, 2014)

Par Chérifa Jemoui, Nathan Pellet, Gabrielle Martinet (promotion 2018-2019) | jeudi 10 janvier 2019

unnamedSeptembre 2014, au cœur du quartier d’affaires de Hong-Kong, naît la « révolution des parapluies ». Cette contestation populaire est aujourd’hui de retour dans l’actualité avec l’ouverture du procès de trois de ses initiateurs en novembre 2018. Initialement, le mouvement s’oppose à un projet de réforme lancé en août 2014 par le gouvernement chinois qui vise à modifier le processus d’élection du chef de l’exécutif hongkongais. Une bataille médiatique sur le sens de la protestation démarre alors entre les manifestants, les médias occidentaux et Pékin. La structure particulière du système politique de Hong-Kong peut se résumer par l’expression « un pays, deux systèmes ». Elle désigne l’existence d’une enclave libérale tournée vers la mondialisation au sein d’un territoire marqué par le régime communiste. Hong-Kong possède ainsi un système qui lui est propre et seules la défense et la diplomatie sont gérées par le gouvernement chinois. En 2014, ce dernier décide de modifier l’organisation des élections hongkongaises en n’autorisant que trois candidats à se présenter, présélectionnés au préalable par un collège de 1200 personnes. Autrement dit, cette mesure n’est rien d’autre qu’une présélection du futur chef de l’exécutif de Hong-Kong par Pékin et fausse le principe de suffrage universel.

Opposé à cette mesure, le mouvement protestataire exige des élections libres et démocratiques sans présélection des candidats, c’est-à-dire un véritable suffrage universel. Les étudiants et lycéens, organisés au sein de mouvements citoyens tels que Scholarism, ou encore Hong Kong Federation of Students, sont les premiers à répondre à l’appel d’Occupy Central. Ils vont même le devancer avec un boycott des cours le 22 septembre 20141. Le mouvement Occupy Central with Love and Peace (OCLP) est un collectif pro-démocrate autour duquel Occupy Central va s’organiser. Barthélémy Courmont et Emmanuel Lincot l’analysent comme le produit d’un éclatement de frustration de la part des Hongkongais2. Ce vent de révolte n’est toutefois pas unanime, en particulier lorsque le mouvement s’enlise et impacte le quotidien des habitants et l’économie locale. Cet article revient ainsi sur les luttes entre les pro-démocrates et le gouvernement pékinois pour occuper l’espace public mais aussi médiatique, en s’appuyant sur le traitement journalistique dont la « révolution des parapluies » fait alors l’objet en France et en Chine. Lire la suite

Contourner la censure, mobiliser les soutiens : la « stratégie du boomerang » dans la médiatisation du mouvement anti-Apartheid

Par Julie Andreani, Aliou Ba, Alexandre Adam et Alexandre Abreu (promotion 2018-2019) | mercredi 2 janvier 2019
Une du journal “Anti-Apartheid News” publié par le mouvement anti-apartheid en novembre 1968

Une du journal “Anti-Apartheid News” publié par le mouvement anti-apartheid en novembre 1968

Le régime d’Apartheid en Afrique du Sud (1948-1991) est sans nul doute l’un des systèmes de ségrégation ethnico-raciale les plus implacables du XXe siècle. Au moyen d’un arsenal juridique particulièrement sophistiqué qui institutionnalise le « développement séparé des races », à commencer par le Population Registration Act de 1950, de nombreux groupes raciaux – Indiens, Métis et, surtout, Noirs – sont exploités, opprimés et progressivement concentrés dans des enclaves territoriales – les fameux « bantoustans » – au profit d’une classe blanche issue des différentes vagues de colonisation européenne. Toutefois, dès 1952 un mouvement de résistance s’organise et aboutit en 1955 à la signature par plus d’un million de personnes d’une « charte de la liberté » (Freedom Charter) exigeant la liberté des droits, l’abrogation de la ségrégation raciale et l’instauration d’un régime démocratique. La répression gouvernementale est sévère, comme le montre l’arrestation et le procès pour « haute trahison », très médiatisé, de 156 dirigeants de l’African National Congress (ANC) et d’organisations alliées. Contraints pour beaucoup à la clandestinité, l’emprisonnement ou l’exil, les militants anti-Apartheid vont chercher, en particulier après le massacre de Sharpeville en 1960, durant lequel la répression policière fait 69 morts du côté des manifestants noirs du township de Vereeniging, dans le Transvaal, des soutiens internationaux, y compris en France. Dans une logique comparable au « modèle du boomerang » développé par Margaret Keck et Kathryn Sikkink dans leur analyse des mobilisations transnationales[1], les médias deviennent l’une des arènes où se joue le combat contre le régime : alors que la presse afrikaner, appuyée par certains médias étrangers conservateurs, ne cachent pas leur hostilité à l’égard des mouvements de résistance qui menacent les privilèges des Blancs, une partie de la presse internationale se fait le relais des revendications anti-Apartheid et des campagnes pour des sanctions économiques et le boycott culturel et sportif du pays. Lire la suite