Archives mensuelles : décembre 2018

L’identité des « Identitaires » : stratégies de communication et fabrique symbolique de l’extrême-droite

Par Harefo KEITA, Clémence MAHE, Bénédicte MAHINGA, Victor MANCIET | mercredi 26 décembre 2018

« Pour être Français, être blanc c’est la base », affirme Aurélien Verhassel, représentant dans le Nord de la France de Génération Identitaire, l’organisation de jeunesse du mouvement d’extrême-droite Bloc Identitaire[1]. « Face à la racaille, face à ceux qui veulent fliquer notre vie et nos pensées, face à l’uniformisation des peuples et des cultures… »[2], le Bloc Identitaire, le GRECE, Terre et Peuple, Polémia installent leurs locaux partout en France et occupent la toile. Génération Identitaire à lui seul affirme regrouper depuis 2012 plus de 3 000 adhérents âgés de 18 à 35 ans. Contrairement aux apparences, le militantisme de la mouvance identitaire s’appuie sur une organisation bien rodée. En effet, il s’est largement démarqué par son utilisation précoce de l’Internet afin de faire circuler une « nouvelle » idéologie, dans un but de fédérer dans la sphère numérique. Mais ses stratégies de communication ne s’arrêtent pas là. Reposant sur ce que le sociologue Samuel Bouron qualifie de mécanisme de « reconstruction et déconstruction »[3] de l’identité, le Bloc Identitaire poursuit la socialisation de ses nouvelles recrues dans des camps d’entrainement qui prennent les allures d’universités d’été. Ainsi, la mouvance fédère en ligne, s’entraîne en coulisses et agit dans les villes et les campagnes devenues théâtres de leurs actions.

Défilé de Génération identitaire à Paris Crédit : ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA

Défilé de Génération identitaire à Paris. Crédit : ZIHNIOGLU KAMIL/SIPA

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Prévenir la « radicalisation » des jeunes exposés à la propagande djihadiste : une analyse du cas français

Par Pauline Béras, Manon De Lalande, Méryl Gamer et Ornella Gomis | lundi 17 décembre 2018

Les termes de « propagande djihadiste » et de « radicalisation » se sont progressivement imposés dans les débats publics portant sur les menaces liées au terrorisme. La jeunesse française constitue une cible privilégiée des organisations qui produisent et promeuvent ces discours d’endoctrinement, particulièrement présentes sur les réseaux sociaux et de manière générale, sur Internet. Néanmoins, le profil type du « candidat au djihad » est complexe à établir pour les autorités et les associations. La démarche consistant à postuler l’existence d’un tel « profil » est d’ailleurs problématique en elle-même, comme le montrent les sociologues Laurent Bonelli et Fabien Carrié dans leur ouvrage La fabrique de la radicalité. Une sociologie des jeunes djihadistes français (Le Seuil, Septembre 2018). Elle peut contribuer à renforcer certains stéréotypes et légitimer de mauvaises réponses institutionnelles à un problème mal posé.

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We are the 99%… are we? Le cadrage universaliste d’Occupy Wall Street et ses limites

Par Allisson Haas, Hayson Challco, Antoine Guerreiro, Joseph Gotte | lundi 10 décembre 2018

« We are the 99% » (« Nous sommes les 99% ») ! Ce slogan bien connu du mouvement Occupy Wall Street (OWS) énonce l’existence d’un consensus citoyen qu’il contribue dans le même temps à produire. La vox populi doit se mobiliser « contre l’avidité et la corruption des 1 % restants »[1] : les élites dirigeantes et possédantes. Entamé le 17 septembre 2011, ce mouvement contestataire occupe de manière pacifique le parc Zuccotti, en plein quartier de la bourse à New York, pendant près de deux mois[2]. Dénonçant les vices du capitalisme et le conflit des classes aux États-Unis, renforcés par le krach financier de 2008, cette mobilisation aux revendications proches de la mouvance anarchiste américaine[3] ou du réseau Global Justice Movement[4] a connu une adhésion large auprès de publics très divers. Représentants d’ONG, journalistes, philosophes, féministes, chefs d’entreprise, personnalités publiques et politiques et membres des communautés hispaniques, LGBT, ou encore le clergé affichèrent leur soutien aux occupations[5]. Pourtant, au-delà du cadrage « universaliste » d’un mouvement qui entend représenter les « 99% », l’hétérogénéité de ses militants et ses modalités d’action interroge ses capacités à rassembler largement et sur le long terme.

OccupyWallStreet-photoCouveture-©Occupy Lire la suite

Les mobilisations féministes sur Internet : entre luttes anti-hégémoniques et reproduction des rapports sociaux de domination

Par Selim Ben-Amor, Clarisse Civil, Jana Chehadeh, Manon Christen (promo 2018-2019) | mardi 4 décembre 2018

4. anti-feminisme_média4-1Les hashtags #Metoo et #Balancetonporc, diffusés à partir d’octobre 2017, illustrent l’importance prise par Internet dans les mobilisations féministes, qu’il s’agisse de faciliter l’organisation des actions collectives ou d’alimenter le débat public et politique. Si la presse a constitué historiquement une composante centrale du répertoire médiatique du mouvement féministe, entendu comme l’ensemble des outils d’information et de communication mis au service des mobilisations contre les oppressions subies par les femmes et pour l’égalité et la mise en valeur de leurs droits et des conditions réelles de leur existence, Internet s’impose à partir de la fin du XXème siècle comme un espace privilégié de communication dans et sur l’espace de la cause des femmes[1]. Toutefois, si les contributions en ligne semblent apporter au mouvement féministe un atout stratégique dans sa « guerre de position »[2] contre l’hégémonie de la culture patriarcale et les inégalités de genre qu’elle nourrit, en ouvrant le mouvement à de nouvelles couches sociales et à de nouvelles idées, on peut se demander si Internet ne contribue pas dans le même temps à des formes d’enfermement dans l’entre-soi militant. Lire la suite