Archives mensuelles : janvier 2018

Des « oiseaux de malheur » aux communicants de crise : communiquer la mauvaise nouvelle au fil des siècles

Par Pauline COURBÉ DUBOST, Yohann GARCIA, Clément LEBOURG, Léa PETIT | vendredi 26 janvier 2018

Compte rendu critique du vingt-cinquième numéro de la revue d’histoire politique Parlement[s] :

« Assassinat d’Henri IV et arrestation de Ravaillac, le 14 mai 1610 » de Charles-Gustave Housez (1858)

« Assassinat d’Henri IV et arrestation de Ravaillac, le 14 mai 1610 » de Charles-Gustave Housez (1858)

À l’occasion de son vingt-cinquième numéro, paru au premier trimestre de l’année 2017, la revue Parlement[s] consacre un important dossier aux « oiseaux de malheur », définis par Michel Cassan, coordinateur et directeur de ce numéro thématique comme des porteurs de mauvaises nouvelles. La mauvaise nouvelle étant « assimilable à un évènement ayant la capacité de bouleverser soudainement la psychologie collective de l’opinion », une même réalité peut néanmoins être inquiétante ou sinistre pour les uns et heureuse pour les autres… Les études de cas recueillies dans ce numéro visent à fournir un échantillon de l’information et de la « communication politique » – risquons l’anachronisme – diffusées par des autorités étatiques et urbaines, confrontées à une mauvaise nouvelle et à la nécessité de la transmettre à leurs administrés. Les articles s’attachent à analyser les attitudes des autorités devenues des « oiseaux de malheur » et à dégager d’éventuelles similitudes entre leurs initiatives, leurs gestes, leurs pratiques ainsi que les rituels au cours des siècles. Lire la suite

Se servir des médias sans leur être asservi ? Une analyse de l’entrée en politique de François Ruffin

Par Sandrine Nkouoh, Anabelle Patier, Benjamin Chamblain, Hugo Rémond-Marques, Quentin Rousset | lundi 8 janvier 2018

ob_108ee3_francois-ruffin-a-amiens-07-171Élu député de la première circonscription de la Somme le 18 juin 2017, au deuxième tour des élections législatives, le journaliste et militant de gauche François Ruffin déploie depuis cette date, au sein du groupe parlementaire La France Insoumise (LFI), une stratégie de mise en scène publique de soi qui détonne dans un paysage politique dominé par le consensus « social-libéral » de La République en Marche (LREM), le parti du président Emmanuel Macron. Fondateur du journal alternatif Fakir en 1999, critique acerbe des méthodes de formation des journalistes (Les Petits Soldats du journalisme, 2003), auteur de plusieurs enquêtes journalistiques et essais politiques (Quartier Nord, 2006 ; La Guerre des Classes, 2008 ; Leur grande trouille, 2011 ; Comment ils nous ont volé le football, 2014), François Ruffin se fait connaître du grand public en 2016 en tant que co-initiateur du mouvement Nuit Debout et réalisateur du documentaire « Merci Patron ! », qui totalise plus de 500.000 entrées en salle et obtient le césar 2017 du meilleur documentaire. Bien qu’il soit très critique à l’égard de l’emprise des « communicants » sur la vie politique, à qui il reproche de renforcer la coupure entre les élus et les citoyens, sa manière très personnelle d’incarner le rôle de député peut toutefois être interrogée sous l’angle de la sociologie politique de la communication. Comment ce militant-journaliste, longtemps resté en-dehors du champ politique national, se lance-t-il dans la course électorale et parvient-il à s’affirmer dans les débats parlementaires ? Comment ce critique radical des médias et du journalisme en vient-il à multiplier les interventions dans les émissions grand public des médias audiovisuels, et à quel prix ? Quelles prédispositions liées à sa biographie personnelle et professionnelle permettent de saisir cette « prise de rôle » (au sens de Goffman) pleine de paradoxes ? Lire la suite

Act Up Paris : la (re)construction d’un symbole de la lutte contre le sida

Par Angélique Simonnet, Inès Schmitt, Maurane Sioul, Nancy Strazel | jeudi 4 janvier 2018

Après plusieurs années de silence, l’association Act Up Paris revient sur le devant de la scène médiatique avec la sortie, le 23 août 2017, du film 120 Battements par Minute de Robin Campillo. Le film est un succès en salle et remporte le Grand Prix du jury au festival de Cannes. Act Up Paris est une association de lutte contre le sida créée en 1989 à l’initiative de Didier Lestrade, Pascal Loubet et Luc Coulvain. Leur modèle de référence est Act Up New York, dont ils importent les formes d’actions militantes (die in, zap…). Act Up se démarque ainsi d’emblée des autres associations de lutte contre le sida car ses membres veulent mettre en place une nouvelle forme d’engagement militant. Act Up Paris critique les premières associations, notamment AIDES et ARCAT, dont le rôle de médiateur entre les malades et la société, visant à lutter contre la stigmatisation, aurait exclu les malades de la lutte. Act Up souhaite à l’inverse donner un rôle actif aux séropositifs. Elle 184359inaugure une prise de parole publique des malades du sida, qui sont invités à s’exprimer à la première personne. Act Up fait le choix de se présenter comme une association de séropositifs homosexuels. Cette identité fondée sur un retournement de stigmate ne lui a pas permis d’accéder à un statut d’association d’utilité publique, contrairement à AIDES, devenue fédération nationale en 1990, dont les objectifs médicaux concernent la population dans son ensemble et donc « l’intérêt général » au sens des pouvoirs publics[1]. Dès son apparition, Act Up Paris est donc un collectif militant triplement marginal, à la fois sur le plan de ses discours revendicatifs, de son répertoire d’action et de sa reconnaissance institutionnelle. Le choix du réalisateur Robin Campillo de l’ériger, trente ans plus tard, en symbole de la lutte contre le sida interroge les mécanismes de construction sociale des symboles à l’heure des médias de masse. Act Up s’est en effet fait connaître par des actions médiatiques spectaculaires qui n’avaient pas vocation à s’inscrire dans le temps long. Il convient dès lors de s’interroger sur l’enjeu mémoriel que représente le film 120 Battements par Minute pour cette association. Pourquoi le militantisme d’Act Up s’est-il imposé dans la mémoire collective et comment le film peut-il contribuer à transformer les représentations collectives de l’association ? Lire la suite