Archives mensuelles : décembre 2017

Les dazibaos, outils d’expression populaire ou relais de la propagande maoïste ?

Par Mélissa Tacita, Fauz Tauk, Manon Tissier, Pierre Vendeix, et Lucie Verpraet | jeudi 21 décembre 2017

Dazibao, ce terme chinois que l’on peut traduire par « journal à grands caractères » désigne des affiches réalisées en Chine par les citoyens, parfois anonymement[1]. Ils constituent un moyen de communication populaire rapide et bon marché. Selon des récits de voyageurs[2], leur origine remonte au temps de la Chine impériale, sous le règne de l’empereur Tien-te, de la dynastie Qing, au pouvoir à partir de 1644. Les dazibaos permettent l’expression publique de désaccords vis-à-vis de la politique menée par les magistrats impériaux. Les passants se réunissent devant ces affiches pour les commenter. Après la période impériale, la pratique des dazibaos se marginalise. Il faut attendre l’arrivée de Mao Zedong au pouvoir en 1949 pour faire renaître cette vieille tradition populaire[3]. L’objectif déclaré était de favoriser des actions collectives en vue de combattre les injustices perpétrées par les autorités[4]. Le dazibao est ainsi conçu en Chine comme un outil visuel de dénonciation de faits sociaux et politiques, un outil de libre expression qui sert à relayer l’annonce de mouvements sociaux ou la diffusion d’idées nouvelles. Ils peuvent prendre la forme d’un simple texte, d’un article de journal, d’un divertissement satirique, d’une question, d’une information, d’un poème, d’un bon mot, ou encore d’un slogan. Ces affiches sont ensuite placardées partout où cela est possible dans l’espace public, dans des universités, des usines, des lieux de passage, des lieux d’exercice du pouvoir, pour être lues par le plus grand nombre. L’histoire des dazibaos permet ainsi d’interroger celle de la communication politique, souvent réduite aux seuls pays occidentaux[5]. Comment ce média, à l’origine conçu comme un outil de libre expression et de communication populaire, a pu devenir un outil de la propagande maoïste, favorisant le consensus interne autour du régime communiste, tout en renvoyant une image de liberté d’expression à l’étranger ?

Chinois réunis devant des dazibaos. Source : http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/2012/09/chine-dazibao_19.

Chinois réunis devant des dazibaos.
Source : http://laboratoireurbanismeinsurrectionnel.blogspot.fr/2012/09/chine-dazibao_19.

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Reporterre, le quotidien en ligne de l’écologie : un journalisme comme les autres ?

Par Julie Monrose, Corentin Lochon, Anthony Meignen, Soraya Liveze, Hyunkyu Lim, Jessica Luron | mardi 19 décembre 2017

Le 28 novembre 2013, le site d’information en ligne Reporterre publie le premier reportage de la presse française sur l’opposition au projet de barrage de Sivens, dans la vallée du Testet (Tarn). Le traitement de fond du dossier offert aux lecteurs contribue à asseoir sa crédibilité journalistique et à accroître son lectorat. Cet épisode marque un tournant dans la reconnaissance professionnelle de ce média dans le champ journalistique, qui devient une source d’information crédible dont l’expertise est recherchée par d’autres médias. AujLogo de Reporterreourd’hui encore, Reporterre apparaît comme un « média alternatif » de référence sur l’écologie. Néanmoins, certains journalistes considèrent ses collaborateurs davantage comme des militants que comme de véritables journalistes. Cette apparente contradiction entre militantisme et journalisme interroge. Si l’on se réfère aux représentations socialement dominantes des rôles de journaliste et de militant, l’idée d’un « journalisme militant » semble relever de l’oxymore. Un journaliste est, dans la vision qu’en offre les manuels et écoles de journalisme, un professionnel dont le métier « consiste à recueillir et traiter des informations à destination d’un public » [1]. A la recherche de la véracité des faits, il doit donc mettre de côté ses opinions personnelles, adopter une posture distanciée. Le militant, lui, apparaît comme une personne qui défend activement une cause, le plus souvent au sein d’une organisation dédiée (collectif, association, syndicat, parti, etc.). Cherchant par l’action à faire triompher ses idées, ses opinions, sa posture est résolument engagée. Ces représentations qui opposent le journaliste distancié, d’un côté, et le militant engagé, d’un autre, reposent toutefois sur des bases juridiques et historiques fragiles. En France, d’un point de vue légal, il suffit pour être reconnu comme journaliste professionnel d’exercer ce métier dans une publication quotidienne ou périodique, ou dans une agence de presse, et d’en tirer le principal de ses revenus[2]. Rien n’est dit sur les normes et modalités d’exercice concrètes de la profession. Rien n’interdit en conséquence, de considérer légalement les collaborateurs de Reporterre comme des journalistes. Selon quels critères un journaliste qui traite d’écologie dans ce quotidien en ligne devrait-il être considéré comme plus « engagé » qu’un journaliste qui traite des marchés financiers aux Echos, des affaires gouvernementales au Monde, des tendances culturelles du moment à Libération ou de l’industrie de l’armement au Figaro ? La mise à distance des critères d’excellence journalistique conventionnels dans un média comme Reporterre interroge ainsi la définition même du journalisme aujourd’hui. Lire la suite