Archives mensuelles : octobre 2015

La com’politique est dans la rue

Par Fatimata Ba, Emeric Fiari, Fabien Maitre, Thérèse Massamba et Mathieu Ouagazzal | lundi 26 octobre 2015
banksy

Crédits photo : Banksy

Les employés du service de nettoyage de la mairie du Havre ont dû regretter leur excès de zèle : après qu’ils aient nettoyé « par erreur », sur le mur d’un collège, une œuvre de street art réalisée par un artiste de renommée mondiale[1], l’indignation de l’intéressé et de ses admirateurs fut telle que la municipalité a dû s’excuser auprès de l’artiste et lui proposer de réaliser une nouvelle peinture. À travers cet acte public de contrition, la mairie reconnaît au « street art » une légitimité artistique qui est loin d’avoir toujours fait l’unanimité. L’anglicisme street art (art de rue) désigne, en effet, un mouvement artistique né aux États-Unis, dans les années 1970, avec l’arrivée du graffiti dans le métro new-yorkais, grâce à des artistes issus des quartiers pauvres de la ville tels que « Taki 183 »[2], « Tracy 168 »[3] ou « Stay High 149 »[4]. Initialement, cet art populaire tire une bonne partie de la fascination ou du rejet qu’il suscite de son caractère illégal et subversif. Cette pratique englobe à la fois les graffitis traditionnels – inscriptions faites à la peinture aérosol à main levée  les graffitis au pochoir, les sculptures, les stickers (autocollants), les posters (affiches), les mosaïques ou toute sorte d’« installations ». Forme de communication « sauvage », elle fait l’objet de diverses tentatives de domestication qui, on va le voir, interrogent les conditions de possibilité d’une expression « libre » dans l’espace public.

Lire la suite

Daesh : Les stratégies du terrorisme « 2.0 »

Par Ian Vidal, Agathe Bonamour, Alexandre Gavard, Mégane Tafforeau et Eric Quillier | mardi 20 octobre 2015

image

James Foley est le premier otage américain a être décapité par un combattant ISIS

Un fond désertique, un otage en combinaison orange  à la manière des prisonniers de Guantanamo, un combattant armé, masqué, vêtu d’un treillis : cette photo extraite d’une vidéo datée d’août 2014 montre l’exécution de James Foley, reporteur américain enlevé en 2011. Première d’une longue et macabre série, la vidéo a été méticuleusement préparée et mise en scène. Elle concentre les principaux ingrédients visuels – plans, apparence et gestes des protagonistes – qui font désormais « l’image de marque » de Daesh. L’organisation armée, créée en 2006 comme une branche d’Al-Qaïda, combat en Irak et en Syrie les forces opposées à l’islamisme radical et se vante d’avoir mis en place un véritable Etat islamique depuis 2014, s’autoproclamant « Califat ». Dans cette région du Moyen-Orient, la bataille pour le leadership politique est rude. Sur le front ouest, le président syrien Bachar El Assad dispose de l’appareil d’Etat et bénéficie de l’appui politique et militaire de la Russie. Sur le front nord-est, à la limite avec l’Irak, Daesh se bat contre les Kurdes. Pour s’imposer parmi les forces en présence, les dirigeants de Daesh ont établi une stratégie de communication mobilisant tous les moyens de communication modernes, à commencer par Internet. Son objectif est double : semer la terreur chez les opposants et recruter de nouveaux adhérents prêts à prendre les armes. Le combat de Daesh dépasse la seule confrontation armée et prend la tournure d’une véritable « course aux armements symboliques »[1]. Dans ce bras de fer engagé entre Daesh et ses opposants occidentaux et moyen-orientaux, les médias sont d’une importance stratégique capitale. Comment cette organisation terroriste réussit-elle, par ses stratégies de communication, à s’imposer politiquement et médiatiquement et à recruter de nouveaux adeptes ? Analyse.

Lire la suite

Maux et mots des homos

Par Laure Botella, Thomas Jaquemet, Augustin Michäely et Baptiste Zamaron | lundi 12 octobre 2015

KHF_NatnlComingOutDayLe 3 octobre 2015, le nom de Krysztof Olaf Charamsa résonne dans les murs du Vatican. A la veille d’un synode sur la famille organisé par l’Église catholique, ce cardinal polonais, membre de la congrégation chargée de veiller à la cohérence de la doctrine,  révèle son homosexualité dans une interview accordée au quotidien italien Corriere della Sera et à l’édition polonaise de Newsweek[1]. Ce coming out médiatique replace la question de l’homosexualité au cœur des débats de l’Église, dans lesquels s’affrontent les partisans de l’immobilisme et des courants plus tolérants. Émissions de télévision et de radio, photos en « Une » de quotidiens italiens, sortie en public de Krysztof Olaf Charamsa et son compagnon dans un restaurant où une conférence de presse improvisée s’est tenue : la Curie, restée jusque-là dans le silence, est mise au pied du mur[2]. Destitué de ses fonctions, comme l’a annoncé dans un communiqué le porte-parole du Vatican, ce cardinal de 43 ans n’est pas soucieux de son avenir. Blog, livre(s) en préparation : à en juger par la ferveur et l’émotion mondiale suscitées par son action, les sollicitations ne vont pas manquer. Ce n’est pas tous les jours qu’un homme d’Eglise dédie son coming out à l’homme qu’il aime, dans une sphère religieuse qui qualifie encore les actes homosexuels « d’intrinsèquement désordonnés »[3]. Le mouvement homosexuel chrétien David & Jonathan a réagi en disant ne pas être étonné de cette annonce. « En proportion, affirme sa coprésidente Elisabeth Saint-Guily, il y a plus d’homosexuels chez les prêtres que dans la population générale »[4]. S’exposer ou rester dans l’ombre ? L’exemple des réactions suscitées par l’action de ce cardinal homosexuel pose, on va le voir, une question qui traverse depuis les années 1960 l’histoire des mouvements de défense des groupes lesbiens Gays Bi et Transgenres (LGBT). Entre construction identitaire et lutte contre la stigmatisation, faut-il privilégier un répertoire d’action discret ou, à l’instar des fameuses Gay pride, des formes de mobilisation publiques plus bruyantes ?

Lire la suite

Au Rwanda, la « love radio » cicatrise les plaies du génocide

Par Tom Lanneau, Marine Kerijaouen, Pierre Giambelluca, Jade François | lundi 5 octobre 2015
Love Radio_Listeners_20

Crédits photo : Anoek Steketee, et Eefje Blankevoort / CNN (http://edition.cnn.com)

Perpétré entre avril et juillet 1994, le génocide rwandais est considéré comme le système de « purification ethnique » le plus efficace du vingtième siècle. On estime qu’en une centaine jours, 800 000 à un million de Tutsis et de Hutus modérés ont été assassinés (1). Des chercheurs ont enquêté sur le rôle clé de la tristement célèbre Radio-Télévision Libre des Mille collines (RTLM) dans cet État d’Afrique centrale où la radio constitue encore aujourd’hui le principal média de masse. Dès sa création en 1993, la RTLM cristallise la haine envers les Tutsis à travers ses émissions quotidiennes. Les animateurs diffusent notamment à l’antenne des listes détaillées d’individus à abattre. Principal vecteur de propagande du mouvement identitaire radical Hutu Power, cette station de radio contribue à l’élaboration et au déroulement du génocide. Vingt ans plus tard, le gouvernement rwandais et l’ONG néerlandaise Benevolencija ont transformé la radio en un outil éducatif œuvrant pour la réconciliation nationale. Comment ce média, qui servait à diviser en 1994, joue-t-il aujourd’hui un rôle unificateur ?

Lire la suite