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L’Allemagne et sa chancelière découvrent la démocratie participative

La Chancelière Angela Merkel a ouvert ce 29 février le premier de trois dialogues citoyens télévisés. Jusqu’au 15 avril, le peuple allemand est invité à discuter autour de trois grands thèmes : Génération – Sécurité – Identité. Ce type de débat participatif est le premier du genre en Allemagne. Stratégie politique pour une Chancelière (en perte de vitesse vis-à-vis de son électorat ou à l’approche des élections) ? En quoi cette initiative contribue d’ores et déjà à asseoir une symbolique politique ?
Le premier objectif de ce Dialog über Deutschlands Zukunft (Dialogue sur l’avenir de l’Allemagne) est de réduire la distance entre la politique et les citoyens. Sur le modèle des Town hall meeting aux USA, la Chancelière propose à une centaine de citoyens de s’exprimer ouvertement. Le lieu de cette première rencontre n’est pas choisi au hasard. Il se trouve à Erfurt (Thuringe), capitale d’un Bundesland de l’ancienne Allemagne de l’Est. Tout un symbole donc pour la Chancelière Merkel qui donne la parole à cette partie de la population parfois stigmatisée (Le mur est encore présent dans les esprits). Elle ne cache effectivement pas ses raisons sur le choix d’Erfurt : « Choisir une ville d’un nouveau Bundesland ». Une question d’échelle aussi : Choisir une ville ni trop grande, ni trop petite pour représenter la population allemande.
Durant près d’une heure et demi, les participants vont proposer des idées et, se plaindre, faire des doléances ; et la Chancelière va écouter. C’est ce principe qu’elle rappelle au départ « Je suis ici pour vous écouter, je parle déjà assez comme ça. » Ce débat est présenté comme une innovation dans un pays qui n’a jamais connu ce type d’échange. C’est un outil stratégique pour Angela Merkel. Avec ces dialogues, elle peut ré affirmer son caractère consensuel. Ce qui a fait sa réussite jusqu’ici en tant que Chancelière la plus populaire d’Allemagne. En effet, elle est considérée comme une femme de consensus (certains diront de stratège). Pour preuve, l’arrêt du nucléaire. Alors que l’opinion allemande est sous le choc des événements de Fukushima, la Chancelière n’hésite pas à prononcer sa fin en Allemagne, alors même qu’elle avait plus tôt proposé de relancer cette industrie. D’après certains commentateurs, les convictions politiques d’Angela Merkel seraient donc mises de côté en fonction du bénéfice politique qu’elle pourrait en tirer.
Ce type d’échange est donc dans l’ensemble très positif en terme d’image pour la Chancelière. Cela ne fait que renforcer l’image d’une femme à l’écoute qu’elle a construit jusqu’ici. On peut tout de même apporter un bémol à cette initiative. Durant le débat, on a l’impression que la Chancelière prend en compte partiellement les propositions. A plusieurs reprises, elle dira qu’elle attend le verdict du collège d’experts formé pour cette occasion. On peut donc se poser la question de l’utilité d’un tel dialogue « démocratique » qui tend plutôt vers un échange thérapeutique, voire lénifiant. C’est une critique qui revient souvent.
Elle conclut son débat par ces mots : « Je fais le souhait que nous puissions continuer à bien vivre ensemble dans l’avenir. » Les élections arrivent effectivement dans un avenir très proche : 2013. Un journaliste du journal Die Zeit n’hésite pas à qualifier cette initiative, de premier pas dans la campagne électorale.
 

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